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vendredi, 20 août 2004

N°13 - Editorial "Le best-seller"

Janvier 1787. Catherine II, impératrice de Russie, quitte les glaces de Saint-Pétersbourg pour entreprendre, sous la conduite de son nouveau ministre de la guerre, le prince Potemkine, un voyage dans les territoires du sud. À ses côtés, elle pourra constater de visu la prospérité des villages qu'elle traverse, l'air épanoui et satisfait des paysans qui la saluent au passage. Mais en réalité, c'est Potemkine lui-même qui, pour donner le change, a fait construire le long de la route des façades de bois et de carton peint, et fait venir des figurants en costume pour acclamer la souveraine – qui, ravie, validera la politique de son favori.

Mais pourquoi, demanderez-vous, nous balance t-on cette anecdote historique dans l'édito des Épées ? C'est, ami medium_touchepas.jpglecteur (et abonné, j'espère), parce qu'on peut y voir une métaphore de notre “théâtrocratie” contemporaine, où l'apparence gouverne tout, et où l'on gouverne à partir de faux-semblants, même lorsqu'il est démontré qu'ils n'ont aucune réalité.

À cet égard, l'été 2004 est à marquer d'une pierre blanche. Il commence avec “l'affaire du RER D”, lorsque Marie-Léonie, une mythomane notoire, réussit à mobiliser la classe politique et les médias avec un canulard de troisième ordre. Le poteau rose une fois découvert, le Président Chirac se contentera de déclarer : « C'est une affaire regrettable à tous égards. Mais je ne regrette pas ». Jeux de mots cocasses, mais inquiétants. Quelques jours plus tard, c'est une agression « homophobe » qui émeut la presse : Rémi, jeune Marseillais, se serait fait sauvagement tabassé au cri de : « sale tapette » par une vingtaine de voisins (le même nombre que les témoins passifs du RER D). En fait, presque tout était faux : il s'agissait d'une simple gifle à la suite d'un tapage nocturne. Trois semaines après, enfin, c'est l'incendie du centre social juif de la rue Popincourt qui déchaîne l'indignation générale. La revendication est incertaine mêlant nazilloneries minables, Jihad islamique et fautes d'orthographe. Peu importe, la classe politique s'emporte à nouveau, dénonce l'excessive clémence des magistrats et l'indifférence des Français. Quelques jours après, on apprendra qu'il s'agissait de la vengeance d'un ancien employé du centre, Rafaël B., qui se serait inspiré pour l'occasion d'un feuilleton télévisé : les actes réels d'antisémitisme sont pour ainsi dire couverts par cette énorme tromperie. C'est ainsi que l'été s'achève, mais que la théatrocratie subsiste, inhérente à un système où l'émotion populaire, nourrie par des médias trop crédules pour être honnêtes, déterminent la direction que doit suivre le char de l'État.

 

Les Épées

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