mardi, 24 mars 2009
N°29 - Editorial "L'Etat pour quoi faire ?"
Que mille Rolex® fleurissent !
À quoi sert l'État ? Taraudante question en période de grands bouleversements ! Devenir chef de l'État, est-ce la réussite suprême du bateleur à colifichets, avant qu'il ne se recase dans le "consulting" économique, comme un vulgaire président américain ? Ou y a-t-il un sens plus profond à la chose ?
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mardi, 09 décembre 2008
N°28 - Editorial "Repenser l'éducation nationale"
Le mammouth : le mot de Claude Allègre a fait fortune. Une image qui semble intelligemment descriptive. Les proportions de la bête sont immenses, comme l’Éducation nationale, c’est vrai : 12 millions d’élèves, presque 1,5 millions de personnels encadrants… Le premier employeur de France est une très grande machine. Le constater c’est bien, mais c’est un peu court comme démonstration.
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N°28 - A dimanche...
Par Alain Raison
Toutes les semaines, on avait un jour de maquis collectif contre la servitude volontaire, une pleine journée d’oisiveté forcée. Et voilà qu’il faut travailler plus pour gagner plus. Non mais vraiment, on a la droite la plus bête du monde ?
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vendredi, 17 octobre 2008
N°27 - Editorial "Changer de cap, Vite !"
Nous paraissons bien tard*. Mais le monde n’a pas encore croulé (à franchement parler, nous n’avions pas suspendu notre parution à cet écroulement). Nous sommes d’ailleurs à peu près certains qu’il ne s’effondrera pas, pas comme ça, pas d’un bloc. On ne peut pas se résigner à envisager un Occident brutalement anéanti alors que la France vient de modifier, une fois encore, sa constitution, apportant ainsi au monde (une fois encore) l’exemple d’une réflexion politique experte autant que vivante.
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mardi, 10 juin 2008
N°26 - Editorial "Révolution française : une histoire à vif"
À tant faire qu’à fêter les vieilles gloires républicaines et les fondements bien assurés du discours consensuel, nous sommes revenus (une première fois) sur Le Livre noir de la Révolution française, pour apporter quelques éclairages complémentaires, et sur la deuxième guerre mondiale, pour vérifier que les choses sont toujours plus riches que ce qu’on imagine. Nous aurions même pu être encore plus pertinents si tous ceux que nous voulions interroger avaient accepté de répondre. Mais le débat est chose compliqué. Nous l’organisons autrement, du coup, dans nos Conférences : Richard Millet en avril, Jean-Pierre Le Goff et Gérard Leclerc en juin (pour parler de mai : nous sommes très constants).Les Épées sont donc ainsi en perpétuelle recherche de dialogue, y compris avec ses lecteurs, parfois pris à rebours de leurs convictions par tel ou tel article : c’est le rôle d’une revue de susciter l’interrogation, de défricher de nouveaux terrains ou de tracer tranquillement le sillon, le tout en même temps, au risque de choquer un jour et de lasser le lendemain. Les Épées n’ont pas vocation à devenir un quelconque mouvement politique. Dans ce contexte déstabilisant d’une « France morcelée » (Le Goff), les questions sont peut-être plus importantes que les réponses toutes faites. Ce que nous tentons de délivrer, c’est une approche du réel renouvelée, empreinte de bon sens et à la fois enracinée, condition indispensable sans laquelle l’homme n’est pas lui-même.
Il ne s’agit pas aux Épées, il ne s’agira jamais, de réfléchir aux moyens de relancer la croissance mais plutôt de retrouver le sens de la communauté – et en premier lieu, la langue dont nous parle Claude Duneton –, et ainsi de réfléchir au sens unique, soit disant inéluctable, imposé par la matrice libérale.
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vendredi, 21 mars 2008
N°25 - Editorial "l'alcool est-il de droite ?"
D’une façon générale, le spectacle qu’offre la France est navrant. L’argent est un dieu vénéré par toute la classe politique, même et surtout la gauche, l’Europe est l’horizon indépassable de notre futur, le monde se fait sans nous. Et pendant que la droite honteuse se dépêche de ne pas tenir ses promesses et d’ouvrir les robinets à phynances, pendant que Président et ministres courent la planète et le pays pour assister à tous les enterrements possibles et rencontrer le plus de minorités en voie de disparition (ouvriers industriels et autres pécheurs bretons), les débats intelligents font rage dans les médias : confions 11 000 morts à 600 000 élèves ! Empêchons la présidentialisation du régime par un monarque qui ne respecte pas le caractère sacré de sa fonction ! Les municipales ne sont pas des élections municipales !Sur le fond, à savoir que la démocratie n’est pas une philosophie, que l’Europe n’est pas une fatalité, que l’exercice du pouvoir ne doit pas être une forfaiture, le débat est ailleurs. Dans Les Épées, entre autres. Dans ces pages mais aussi lors de nos conférences, où Stéphane Courtois est venu présenter le Livre noir de la Révolution française ou Eric Zemmour son roman Petit frère.
Comme ni l’Europe, ni la France ni la démocratie ne risquent de disparaître à très court terme, nous avons quand même décidé de consacrer notre dossier à une question taraudante, propre à animer les dîners en ville et les déjeuners en famille (le dimanche) : l’alcool est-il de droite ? On le sentait, ça restait à prouver. Le débat reste ouvert, mais il semble bien établi qu’à droite on boit par lucidité (les gens de droite sont fondamentalement pessimistes : tout est toujours allé très mal) et qu’à gauche on boit sans s’avouer qu’on a compris qu’on a tort. Les premières conclusions sont donc encourageantes.
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mardi, 10 juillet 2007
N°23 - Editorial "Non au communautarisme catho !"
Et rose elle a vécu
Que cent fleurs s’épanouissent ! « Un élan civique s’est levé. La très forte participation que j’avais appelée de mes vœux est là », entonnait Ségolène Royal au soir du premier tour des présidentielles. « J’étais la première à faire le constat de la crise démocratique, en particulier au moment de la montée des abstentions », ajoutait-elle quelques jours plus tard. Mais « ce qui s’est passé d’extraordinaire au cours de ce premier tour, c’est la très forte mobilisation, la très forte participation. Un élan civique qui vient de se passer dans le pays ! » Et elle reprenait sur le même ton le 6 mai, après le second tour : « La forte participation traduit un renouveau de notre démocratie et notamment pour les jeunes, partout dans le pays et en particulier dans les quartiers, qui se sont massivement inscrits pour voter. Bravo à tous ces jeunes pour cet engagement civique. » De fait, les taux de participation aux deux tours de la présidentielle semblaient remettre en cause certaines des analyses, développées dans Les Épées, sur cette crise de la démocratie dont l’abstention est (en France) l’un des symptômes les moins contestables. Inscriptions massives, affluence inédite aux meetings, longues queues d’électeurs pour accéder à l’isoloir, et en fin de compte, résultats objectivement exceptionnels, avec une participation frôlant les 84 % – soit, pour le premier tour, près de 14 points de plus qu’en avril 2002 : tout ceci avait été unanimement salué par une presse hypnotisée comme un merveilleux « printemps démocratique ».
Et puis, patatras, la pluie après le beau temps : aux quasi records d’avril et mai, succèdent, le 10 et le 17 juin, deux records véritables, celui de l’abstention aux élections législatives, avec 39,5 % puis 40,1 % des inscrits. Soient 4 points de plus qu’en 2002, 6 de plus qu’en 1988, et 10 de plus qu’en 1981, où les législatives avaient également eu lieu aussitôt après le scrutin présidentiel.
Et les gloseurs de gloser. Que signifie donc ce recul terrifiant qui, par rapport au second tour des présidentielles, concerne près d’un quart des inscrits ? Et les commentateurs autorisés de citer, pêle-mêle, la lassitude des Français, l’incompréhension face aux mécanismes institutionnels (il est vrai que la Ve République n’existe que depuis 49 ans), le fatalisme, etc. Autant d’arguments pour ne pas reconnaître leur erreur, pour ne pas avouer que ce qui s’est passé il y a quelques semaines n’avait pas le sens qu’ils lui prêtaient. Car ce flux et le reflux, ces records et contre-records, traduisent sans doute bien autre chose qu’un nouveau printemps, un renouveau ou une renaissance de la démocratie : il s’agit plus probablement d’une mutation profonde, d’un virage à 180°, qui manifeste l’émergence, en lieu et place du citoyen souverain popularisé par la mythologie républicaine, d’un citoyen consommateur, qui ne va voter que lorsque son intérêt égoïste est concerné (c’est-à-dire, lorsque l’enjeu est évident), mais qui s’en dispense quand il ne perçoit pas l’avantage personnel qu’il pourrait en tirer. Du pain sur la planche pour les Théoriciens de la Démocratie.
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vendredi, 16 mars 2007
N°22 - Editorial "Les élections contre la démocratie"
Dans cette agitation, l’on oublie une chose : le fait qu’une part essentielle du pouvoir ne s’exerce plus à Paris, mais à Bruxelles, à La Haye, dans les mailles complexes d’une eurocratie qui contribue à rendre plus dérisoires encore les enjeux de ces présidentielles. Qu’il s’agisse du pouvoir d’action de la France dans le monde, des restrictions budgétaires certes indispensables, et même de certaines idées institutionnelles carrément étrangères au droit français, on voit bien que la domination dite « européenne » limite et abaisse la souveraineté nationale que les élections doivent, paraît-il mettre en œuvre.
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lundi, 23 octobre 2006
N°21 - Editorial "La politesse contre la démocratie ?"
« Nous n’avons plus tellement le choix. Nous n’en avons plus, parce que nous avons tout foutu en l’air. Non pas un peu, mais complètement. En Europe, il n’y a pas un pays qui ait fait une connerie aussi colossale que nous […] Évidemment, nous avons menti tout au long de ces 12-18 derniers mois […] Et avec ça, nous n’avons rien foutu pendant quatre ans. Rien. Je ne peux citer aucune mesure importante dont nous puissions être fiers – à part le fait que le gouvernement a réussi à se démerder à la fin en gagnant les élections. […] Au lieu de gouverner, nous avons menti, matin, midi et soir ! ».
L’homme qui parle avec cette franchise désarmante est le premier ministre socialistes hongrois, Ferenc Gyurcsány, s’exprimant le 26 mai dernier devant les parlementaires de son parti. Ces propos n’étaient pas destinés à être mis sur la place publique, mais un micro était ouvert qui aurait dû rester fermé. Rendus publics le 17 septembre, ils ont déclenché quelques nuits d’émeutes et une défaite relative du parti gouvernemental aux municipales suivantes ; mais Ferenc Gyurcsány est toujours premier ministre et, au plus fort de la crise, 51 % des Hongrois souhaitaient qu’il reste à son poste.
De quoi en tirer des leçons pour les gouvernements de tous les pays. Imaginons un peu : Bush comprenant que la seule façon de ne pas terminer son mandat par une débâcle est d’avouer qu’il a toujours su que l’Irak ne détenait pas d’armes de destruction massive. Blair retrouvant sa popularité en confessant que sa seule politique étrangère fut toujours de relayer servilement les positions américaines. Jacques Chirac convoquant le peuple français devant sa télévision pour annoncer publiquement, au 20 heures de TF1, que les affaires intérieures l’ont toujours emmerdé, qu’il n’a jamais eu la moindre idée de ce qu’il devait faire du pouvoir que les urnes lui ont donné et que son obsession antiraciste affichée n’avait jamais eu d’autre but que de camoufler son manque de convictions.
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dimanche, 23 juillet 2006
N°20 - Editorial "Capétiens partout"
Mais en France, la paresse et la pente suicidaire incitent à confondre le patriotisme et le chauvinisme, qu’il faut au contraire distinguer et opposer. Le patriotisme commence par un acte d’humilité, une reconnaissance intime devant la terre des pères, qui appelle le sens des responsabilités, la volonté de bien faire autour de soi, ou de limiter les dégâts. Le chauvinisme n’en est que la caricature bête. Il exalte la fierté et l’orgueil jusqu’à l’étourdissement, flatte l’arrogance et la supériorité, en faisant résonner le vide.
En France, donc, le patriotisme – le patriotisme à l’ancienne, classique, celui de Corneille, non pas celui de Saint-Just – est mal vu, dénoncé, puni avant d’être entendu. Cela durera-t-il ? Il est permis d’en douter. Les livres d’André Makine, Max Gallo, Paul-Marie Coûteaux décrivent mieux qu’une persistance, des signes favorables pour l’avenir. Ce vingtième numéro des Épées, âgées déjà de cinq années fort remplies – bon anniversaire à tous nos lecteurs, à tous nos rédacteurs, à tous nos amis ! – fait résonner ces harmonies dans un âge que l’on croyait de glace. Oui, comme le disait un grand Prince, l’avenir dure longtemps !
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dimanche, 23 avril 2006
N°19 - Editorial "Fantasmes du complot"
Le bruit et la fureur
Life's but a walking shadow, a poor player
That struts and frets his hour upon the stage
And then is heard no more. It is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.
William Shakespeare, The Tragedy of Macbeth
Un pays ridiculisé, des centaines de millions d'euros dépensés, une économie inquiétée, le sens du travail, du devoir et des responsabilités une fois encore bafoué et conspué (depuis les prétendues élites jusqu'à la "base"), la politique pour l'emploi des jeunes annulée, voilà ce que fut le début de 2006. Le sommet du ridicule est atteint par ces anciens soixante-huitards transférant leur imaginaire imbécile sur leurs enfants, eux-mêmes dociles dès qu'il s'agit de sentiments vagues et faciles qui flattent leur bonne conscience et cultivent leur goût victimaire. Notre démocratie voit exploser sa plèbe et imploser sa "culture". Notre mémoire collective est chargée d'expériences sur la beauté silencieuse de l'unité et les bruits terribles de la division. En dépit de l'atterrement que ces événements inspirent, la France a encore de quoi se battre. C'est en tout cas notre espérance, et notre devoir. Le désagrégement de la société, les relents de guerre civile qui se sentent d'un côté ou d'un autre, sont le résultat logique et inéluctable du manque de France (1), de l'oubli du bien commun (2), d'une négligence fondamentale vis-à-vis du " vivre ensemble " (3) que nous rappellent aujourd'hui Jean-François Colosimo, François Huguenin ou Frédéric Rouvillois. Le message monarchiste prend aujourd'hui une urgence particulière.
1. J-F. Colosimo : " Le manque de France ", Le Figaro
2. F. Huguenin : Le conservatisme impossible.
3. F. Rouvillois : "L'identité comme mémoire et comme amitié", 2050, n°1.
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vendredi, 23 décembre 2005
N°18 - Editorial "Défense de la frontière"
Normal
Normal que le débat politique français, pendant une semaine entière, porte exclusivement sur le bilan de la colonisation, le rôle positif de la France dans l’expansion de l’esclavage et l’urgente question de savoir si Napoléon mérite de détrôner Hitler dans le rôle du grand méchant loup. Normal que ce débat ait paru nouveau et captivant, après une autre semaine, elle consacrée à savoir s’il fallait pendre Alain Finkielkraut ou juste lui couper la langue. Normal qu’un intellectuel, relisant l’entretien qu’il a donnée, soit contraint de dire que celui qu’il a relu n’est pas le même que celui qu’il a donné.
Normal qu’on n’ose même plus aborder les problèmes de l’heure, quand parler de ceux d’il y a cinquante ou deux cent ans suffit à vous valoir l’excommunication. Normal que ceux qui veulent le faire sans détour aillent donner des interviews à l’étranger. Normal qu’ils doivent s’excuser une fois rentrés en France. Normal que la France doive passer son temps à s’excuser d’avoir apporté la civilisation et le bien-être à des pays entiers, qui ont puisé dans son héritage les moyens de la contester. Normal qu’elle oublie de fêter ses victoires, mais jamais ses défaites. Normal que des populations entières retournent tranquillement à l’état de barbarie, quand les élites censées s’occuper de leur cas ignorent les règles les plus élémentaires de la civilisation. Normal que ceux qui nous gouvernent feignent depuis des décennies de croire que les seules difficultés qu’affronte la France se mesurent en montant de la dette extérieure et en taux de croissance. Normal que personne ne leur demande de comptes. Normal qu’un pays change radicalement de population en moins de cinquante ans. Normal que tout le monde s’en foute. Dormez bien, braves gens, tout est normal. Jusqu’à la prochaine fois.
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vendredi, 23 septembre 2005
N°17 - Editorial "Qu'est-ce qu'un antimoderne ?"
D’un côté, leurs bons maîtres songent sérieusement à les punir pour leur impardonnable bévue. Dans un article écrit au lendemain du référendum sur la constitution européenne dans la prestigieuse Revue du droit public, le professeur Jacques Robert, ancien membre du Conseil constitutionnel, soulignait ainsi le « coup très rude » porté à l’institution référendaire par ces (scandaleux) résultats : « Sans risquer de se tromper beaucoup, ajoutait-il, d’aucuns affirment, non sans arguments, que le référendum est mort, en France, le 29 mai 2005 ».
Mais alors que l’on envisage d’enterrer le seul moyen laissé aux Français de secouer le joug des médias, des partis et du pays légal, et ce, précisément parce qu’ils ont osé le faire, on recommence aussi à parler des présidentielles. Car il ne faudrait pas qu’il prenne aux électeurs le désir saugrenu d’en faire un lieu de libre parole, un moyen de protester un peu vigoureusement, un substitut périodique au référendum. C’est pourquoi, à droite comme à gauche, on songe à resserrer le cadre.
Côté socialiste, Montebourg-le-tonitruant, après avoir longtemps plaidé pour l’abolition de l’élection présidentielle, jugée antidémocratique, propose désormais, dans un libelle paru en septembre, de la vider de son venin en transformant le chef de l’État en potiche décorative. Les Français voteront, mais pour du beurre. Côté UMP, le rêve est assez différent : pas question de castrer le président ; ce qu’il faut, c’est agir en amont, et exiger des candidats, non plus 200 parrainages, comme avant Giscard, non plus 500, comme aujourd’hui, mais 1000 ou 2000, ce qui éliminerait d’emblée les « extrémistes », ceux qui ont des électeurs, mais pas de réseaux, et qui grâce à cela n’auraient plus d’électeurs, puisqu’ils ne pourraient pas se présenter. Des deux côtés, on joue gagnant, suivant la même logique que celle qui recommande l’abolition du référendum : principe de précaution, réduction des risques ; et comme on ne peut pas supprimer le vote (ce serait mal), on songe aux moyens de ne plus distribuer à l’électeur que deux bulletins – en attendant de ne lui en donner qu’un seul, ce qui permettrait de renverser le schéma de Rousseau, et de le faire voter en permanence. On appelle cela la démocratie continue.
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mercredi, 08 juin 2005
N°16 - Editorial "Bye bye Bruxelles"
La victoire du Non est un vrai traumatisme pour les institutions européennes. Leur désolation quasi-biblique encouragerait à dire : « ils ont été châtiés ceux qui n’avaient pas mis leur confiance dans le peuple mais se reposaient sur l’iniquité, la force et l’argent (quatre cent millions d’euros de propagande gouvernementale…). Gémissant contre le sort qui les accable, impénitents, ils ne veulent pas entendre la voix qui a parlé ni comprendre le message qui leur a
Politique. Économie. Fruits.
Il ne suffit pas qu’une majorité se dégage pour qu’elle ait une signification sûre, mais le Non dessine en creux les contours d’un possible sens politique. Plus nébuleux encore que le camp du Oui, celui du Non a entremêlé quantité d’inquiétudes, de reproches et de raisons. Ce qui a été pressenti, au-delà des catégories politiques, c’est une dépossession sociale, politique ou nationale, celle que nous n’avons pas cessé de dénoncer depuis 1991. Le Non ne reflète sans doute que très partiellement la réamorce d’un vouloir national. Du moins témoigne-t-il diversement d’un esprit public, d’un attachement au rôle de l’État, d’une méfiance envers la barbarie qu’abrite l’économie moderne. Au vrai, c’est peut-être moins l’économie moderne qui est à dénoncer que l’ordre politique contemporain, réellement barbare puisque tout entier tourné, au niveau mondial, au service du plus fort, l’économie libérale sans frein ayant été le moyen d’asservissement. Fructueux terrain d’études pour Les Epées.
Alternative. Extérieur. Direction.
Les politiques ont joué l’Europe soit parce qu’ils ne croient pas à la France, soit parce qu’ils désespèrent des Français, incapables d’accepter de nécessaires réformes ; les Français ne veulent plus de l’Europe soit parce qu’elle ne leur a pas apporté ce qu’ils souhaitent, soit parce qu’ils désespèrent des politiques, incapables de faire passer les nécessaires réformes. On voit par là que le Non n’a pas résolu toutes les difficultés. Et que les mots “politique extérieure” sont en train de prendre un sens nouveau, propre à notre siècle.
Il ne suffit donc pas de rejeter une conception erronée de l’Union européenne. Il faut encore avoir la volonté de reconstruire la France à partir d’elle-même, et lui redonner une direction politique véritable, sous peine de s’écrouler dans l’amorphisme qui la mine.
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dimanche, 13 mars 2005
N°15 - Editorial "NON"
Heureusement, le ministre de l’Éducation nationale déplore le sort (catastrophique) de l’orthographe des petits Français ; mais il ne change rien dans la formation des professeurs des écoles, et renforce à peine les programmes de grammaire au collège. Il faut avouer que, du côté des adultes, on ne fait pas tout pour montrer l’exemple : il n’est que d’entendre la plupart des radios dans le vent, de prêter attention au sabir qui se pratique à la télévision, ou d’entendre les socialistes évoquer la députée… Là encore, c’est la langue de la démocratie.
Les amnésiques se satisferont du moins d’un bonne nouvelle : désormais, grâce au fameux « bloc » des connaissances prévu pour les classes de collège, l’histoire devient une matière optionnelle. La haine du passé (surtout national) est en revanche obligatoire. On le voit particulièrement à l’égard des événements du début du siècle : trente ans de persécution antichrétienne (et plus largement, antireligieuse) ont précédé une séparation de l’Église et de l’État effectuée sans négociation, et ces événements sont évidemment écartés des programmes officiels. En France, on ne doit pas dire que la République est née dans la Terreur et dans la persécution des catholiques – seulement 95% du peuple français en 1880, selon Jean Sévillia.
Aujourd’hui, la « République » n’est d’ailleurs plus rien du tout : une ombre historique, un résidu de principe, un procès perpétuel à la vie nationale, un rouage de l’intégration eurocratique. Elle n’a rien pour attirer la confiance, encore moins pour susciter l’amour. Ses hommes politiques cherchent d’une manière ou d’une autre à vider la nation de toute son existence, et à faire de chacun un atome à la fois abruti et disponible pour le marché. Et comme le notait Gustave Thibon, le conformisme a changé de camp, « il est passé du côté de la négation des valeurs spirituelles et morales qui ont fait notre civilisation ».
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mardi, 07 décembre 2004
N°14 - Editorial "Le peuple"
Lorsque les Épées sont nées il y a quatre ans, d’aucuns pensaient qu’une telle entreprise serait vouée à l’échec, et ne dépasserait pas quelques numéros. Or, non seulement la revue a duré (voici le numéro 14), mais elle a épaissi, elle a multiplié et étoffé ses rubriques, et s’est enrichie de nouveaux rédacteurs dont elle s’honore. Si l’analyse politique domine, la culture (au sens large) y tient un rang essentiel, qui accueille toute une diversité : de la littérature à la bande dessinée, des visuels à la philosophie et à l’architecture. Non contentes de progresser, les Épées ne cachent pas leur jeu en se définissant comme royalistes.
Qu’est-ce que cela ? En 2004 ? Est-ce bien raisonnable ? Dans un temps qui perd si nettement la raison pourtant déifiée par de grands ancêtres, la folie n’est pas si grande. On peut penser que de nombreux maux actuels auraient été évités, jugulés ou amoindris par une institution généralement vouée à s’adapter aux changements de la société (elle le fit du Xe au XVIIIe siècle). Et puis nous avons la modestie de penser que ce royalisme se cherche et se construit à mesure,
parce que personne ici ne prétend changer un destin par un coup de sceptre magique. On ne saurait sans doute pas s’en tenir à une critique politique, sociale, économique et culturelle si une clef de voûte idéale ne rassemblait pas tout, en offrant une dimension positive à cet effort. Au reste, elle laisse la place aux divergences sur la plupart des terrains, de même qu’un roi, d’une certaine façon, ne s’appuie heureusement pas que sur des royalistes, et que des solutions pratiques ne traduisent pas nécessairement un lourd substrat idéologique.
- Alors, où voulez-vous en venir, avec vos Épées ? À côté du rire et du plaisir, loisibles en pays de France depuis le règne de Basile de Koch, il nous paraît essentiel que perdure et se développe une critique politique et intellectuelle suffisamment ambitieuse et accessible, faite d’héritages et d’ouvertures à de nouveaux horizons. Ces temps-ci, « nuire à la bêtise », (Nietzsche), n’est pas un projet négligeable. Au-delà, c’est évidemment la tradition française qui nous importe, un peu comme les Irakiens tiennent à l’Irak et les Américains, aux Amériques. Le lecteur a dû le sentir.
La situation des temps écarte d’elle-même une vue dogmatique de ce que pourrait être la monarchie de demain : constitutionnelle, parlementaire, traditionnelle, liée à des formes de représentation et de participation des citoyens... Les rédacteurs, à cet égard, parce qu’ils viennent d’horizons différents, nourrissent des réflexions diverses. L’important étant en somme de se retrouver sur un principe de continuité politique qui a fait ses preuves, en tant qu’il peut rassembler les Français d’hier, d’aujourd’hui et de demain, non par opinion, mais par définition. C’est là un lourd travail pour un objet qui a l’apparence d’une revue-magazine. Mais les royalistes sont des gens étranges. La disproportion des forces en présence les émeut sans les décourager tout à fait.
Actuellement Les Épées sont la seule revue à affronter ces questions. Elles ont la mission de prolonger une tradition critique, de prospecter autant que d’hériter : pour toutes ces raisons, elles ont besoin de votre soutien.
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vendredi, 20 août 2004
N°13 - Editorial "Le best-seller"
Janvier 1787. Catherine II, impératrice de Russie, quitte les glaces de Saint-Pétersbourg pour entreprendre, sous la conduite de son nouveau ministre de la guerre, le prince Potemkine, un voyage dans les territoires du sud. À ses côtés, elle pourra constater de visu la prospérité des villages qu'elle traverse, l'air épanoui et satisfait des paysans qui la saluent au passage. Mais en réalité, c'est Potemkine lui-même qui, pour donner le change, a fait construire le long de la route des façades de bois et de carton peint, et fait venir des figurants en costume pour acclamer la souveraine – qui, ravie, validera la politique de son favori.
Mais pourquoi, demanderez-vous, nous balance t-on cette anecdote historique dans l'édito des Épées ? C'est, ami
lecteur (et abonné, j'espère), parce qu'on peut y voir une métaphore de notre “théâtrocratie” contemporaine, où l'apparence gouverne tout, et où l'on gouverne à partir de faux-semblants, même lorsqu'il est démontré qu'ils n'ont aucune réalité.
À cet égard, l'été 2004 est à marquer d'une pierre blanche. Il commence avec “l'affaire du RER D”, lorsque Marie-Léonie, une mythomane notoire, réussit à mobiliser la classe politique et les médias avec un canulard de troisième ordre. Le poteau rose une fois découvert, le Président Chirac se contentera de déclarer : « C'est une affaire regrettable à tous égards. Mais je ne regrette pas ». Jeux de mots cocasses, mais inquiétants. Quelques jours plus tard, c'est une agression « homophobe » qui émeut la presse : Rémi, jeune Marseillais, se serait fait sauvagement tabassé au cri de : « sale tapette » par une vingtaine de voisins (le même nombre que les témoins passifs du RER D). En fait, presque tout était faux : il s'agissait d'une simple gifle à la suite d'un tapage nocturne. Trois semaines après, enfin, c'est l'incendie du centre social juif de la rue Popincourt qui déchaîne l'indignation générale. La revendication est incertaine mêlant nazilloneries minables, Jihad islamique et fautes d'orthographe. Peu importe, la classe politique s'emporte à nouveau, dénonce l'excessive clémence des magistrats et l'indifférence des Français. Quelques jours après, on apprendra qu'il s'agissait de la vengeance d'un ancien employé du centre, Rafaël B., qui se serait inspiré pour l'occasion d'un feuilleton télévisé : les actes réels d'antisémitisme sont pour ainsi dire couverts par cette énorme tromperie. C'est ainsi que l'été s'achève, mais que la théatrocratie subsiste, inhérente à un système où l'émotion populaire, nourrie par des médias trop crédules pour être honnêtes, déterminent la direction que doit suivre le char de l'État.
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mercredi, 26 mai 2004
N°12 - Editorial "Le pastiche"
Le vieux Sorel a dû se retourner dans sa tombe pour rire un bon coup : car voilà que la gauche molle, en la personne de Dominique Strauss-Kahn, s’approprie la notion de mythe qu’il avait inventée il y a un siècle, dans ses Réflexions sur la violence. Le texte de Strauss-Kahn s’intitule plus sobrement Construire l'Europe politique. Cinquante propositions pour l’Europe de demain. Pour autant, l’emprunt n’est pas contestable : l’Union européenne, écrit Strauss-Kahn au commanditaire de l’étude, le président de la Commission, (qu’il appelle familièrement « Cher Romano »), l’Union, donc, « traverse une triple crise. Ses institutions ne fonctionnent pas bien […], son projet est en panne, […] son territoire est incertain ». Alors, comment relancer la machine – puisqu’il est entendu qu’il faut aller de l’avant, rester optimiste, et que, comme on dit, cette crise est surtout une crise de croissance ? Eh bien, il faut imaginer un mythe qui lui permettra de rebondir. « L’Europe, déclare Strauss-Kahn, s’est construite à travers des “mythes” mobilisateurs, dont le dernier a été l’euro ; quel doit être le prochain mythe européen ? »
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On n’épiloguera pas sur la réponse : pour Strauss-Kahn, ce mythe doit être la construction d’une « Europe politique », d’un gigantesque état fédéral, « res publica européenne » sans commune mesure avec le projet de constitution établi par Giscard, puisqu’elle implique entre autres l’intégration de l’Afrique du Nord et de la Turquie, mais aussi la fabrication d’un peuple européen : « il faut maintenant faire des Européens ». Les Épées y reviendront plus longuement dans le prochain numéro.
En attendant, on peut revenir à Sorel, et rappeler que ce qui caractérise le “mythe”, c’est qu’il sacrifie la vérité à l’efficacité : peu importe l’énormité du bobard, s’il parvient à mobiliser les masses et à faire avancer l’Histoire. Celui-ci sera-t-il assez gros pour mener les peuples à l’abattoir ? Sur ce point, le rapport Strauss-Kahn renvoie opportunément aux deux dossiers de ce douzième numéro des Épées : le vote, admirable machine à duper ceux dont il consacre prétendument la souveraineté ; et le pastiche, puisque cette Europe-là a tout de même un petit air de déjà vu, sauf qu’elle avait à l’époque un fort accent allemand…
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jeudi, 26 février 2004
N°11 - Editorial "Le conservatisme, une idée d'avant-garde ?"
L'irruption des "néo-conservateurs" américains sur la scène internationale (largement commentée et diversement appréciée dans la presse française) nous invite à réfléchir sur la notion de conservatisme - un mot qui commence mal, disait 1e Duc d'Orléans. Quelles réalités se cachent derrière ce mot ? En est-il de même aujourd'hui en France et à l'étranger? Existe-t-il un conservatisme de gauche comme il en existe à droite ? Ce sont ces questions que lance notre dossier, afin d'y voir plus clair dans un vocable à la fois polémique et nébuleux.
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On aurait tort de ne voir là que des disputes entre spécialistes. Les eurofédéralistes, par exemple, vivent concrètement te risque de la conservation, du développement, du démenti et de la simple disparition. On les a vu s'affoler à la suite de la déconfiture d'une constitution introuvable, que te talent littéraire d'un ancien président n'a pu rattraper. En dépit des causes techniques de cet échec, il faut convenir que le combat critique, vis-à-vis de l'intégration européenne, n'a pas été vain.
Les fumées de l'Europe et la nébuleuse conser-vatiste ont depuis longtemps donné des idées à nombre d'écrivains : un éditeur vient de lancer une collection, Globalia triomphe en librairie et est commenté dans nos colonnes et les Barbéliotes continue leur mystérieuse existence, faisant courir une veine contre-utopique dans ce numéro.
Des vérités plus certaines, comme le catholicisme, son déclin annoncé et la réalité de son enracinement dans la société française sont l'occasion pour Les Êpées d'ouvrir un mini-dossier sur la situation du catholicisme en France. À l'heure où le film Passion réussit à déchaîner la polémique alors même qu'il n'est pas certain de sortir en France, le sujet est d'une actualité passionnante.
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mercredi, 26 novembre 2003
N°10 - Editorial "Eloge du pamphlet"
L'éducation du souverain peut passer pour un problème exclusivement historique. Pourtant, elle apparaît comme une condition de la citoyenneté, de la souveraineté, et, plus largement, de la responsabilité collective. Sans doute l'éducation du souverain ne suffit-elle pas à bien gouverner. Mais est-elle seulement possible ? Qu'en est-il aujourd'hui, où l'abstention n'a jamais été aussi forte ? où l'utilitarisme et la préparation au Marché bouleversent l'éducation civique dans le Secondaire ? où l'autonomisme démocratique et le matérialisme se conjuguent pour commencer, imparfaire et tuer le citoyen ? L'exigence d'une loyauté européenne substituée au patriotisme française rend l'affaire encore plus complexe… Les débats souvent sirupeux sur l'éducation nous invitent à ouvrir ces réflexions, cum grano salis – bien entendu.
Les Epées
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samedi, 26 juillet 2003
N°9 - Editorial "Humour et politique"
Qu’elle se vérifie par l’abstention, par le primat absolu de l’économie ou par un processus européen à marches forcées, la décomposition du Politique constitue sans conteste l’un des faits majeurs de notre temps. Elle ne trouve pas d’équivalent dans le passé de la France, et paraît accentuée par la tendance des “élites” à « sacrifier la patrie à l’humanité », une humanité sans couleur ni relief, déracinée et close sur elle-même. Face à cet avenir morne, il s’agit donc de réapprendre le sens du bien commun, de retrouver le goût capétien de l’unité, de sortir des impasses mortelles de la modernité radicale.
Sorties du fourreau en 2001, Les Épées entendent braver ces maux, et croiser le fer. Les deux années qui viennent de s’écouler (huit numéros), l’accueil chaleureux qu’on lui a fait, les collaborations prestigieuses qu’elle s’est assurée, invitent notre revue à préciser son contenu et ses intentions. Nullement retranchées dans un horizon purement contestataire, Les Épées se présentent avant tout comme une revue royaliste, qui se réclame aussi bien de Maurras et de Daniel Halévy que de Bernanos et de Boutang, des non-conformistes de droite, mais aussi de la tradition thomiste ou du libéralisme politique. Sans rabâchage, avec la volonté d’actualiser le matériel critique, de s’enrichir au contact de tous les lieux où vit l’Esprit, cette revue se propose d’analyser les différentes formes de vie et de mort du Politique, les principaux débats (en politique, en philosophie, en sociologie et dans les Lettres ou en Droit), et d’exalter la culture française qui paraît le mériter. Son objet original est de redéfinir et de faire connaître les raisons et les projets du royalisme français à l’orée du XXIe siècle, au fil des articles, des dossiers, et des compte rendus qui privilégient la confrontation des idées. Pour toutes ces raisons, Les Épées ambitionnent de devenir une référence pour tous les royalistes, mais aussi pour tous ceux qu’intéresse le maintien de la liberté de l’esprit.
Puisqu’elles ne sont l’organe d’aucune organisation, et qu’elles travaillent sur un plan essentiellement intellectuel, Les Épées peuvent, sans rien renier de leurs principes, transcender les appartenances des rédacteurs et de son lectorat. Elles doivent apparaître comme un pôle de réflexion capable d’enrichir les fidélités de tous.
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samedi, 26 avril 2003
N°8 - Editorial "Du nouveau chez les réacs"
Ni pacifistes, ni bellicistes, nous voyons avec tristesse l’horreur subie par un peuple harrassé par douze ans d’embargo,
Depuis le 20 mars dernier, les Français se rangent quasi unanimement derrière la position officielle de leur pays : qu’importent les ambiguïtés de celle-ci, une “monarchie de la guerre”, en conjonction avec les justes appels du Pape, s’est instaurée au plus noble de leurs sentiments. Peu d’occasions produisent une telle unanimité. Dans un contexte de feu, de fer et de sang, et quoiqu’il ne nous console pas de la sombre tragédie du Proche-Orient, un tel fait mérite de s’inscrire dans notre souci de la France.
* Eric Laurent : La guerre des Bush, Plon.
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dimanche, 26 janvier 2003
N°7 - Editorial "Mort de la trahison"
Devant l’affadissement du vocabulaire politique, Léo strauss préconisait le retour aux vocables issus des grands textes grecs, ceux d’un Aristote et d’un Xénophon par exemple. Les Épées peuvent bien, à leur façon, servir ce bel objet. Prenons le mot “trahison”. Il retentit tout d’un coup, renvoit à l’image du traître lui-même, à l’infamie et au châtiment qui le va bientôt frapper. Il fut un temps où la chasse aux sorcières équivalait à la chasse au traître ; où trahir sa classe, son Parti entraînait une mort certaine. L’ombre des traîtres hante littéralement la littérature, elle envahit le théâtre de Shakespeare, où le monde paraît se renverser plusieurs fois.
Aujourd’hui, au contraire, l’usage de ce mot tend à se perdre. Redoutable, il relève surtout de la polémique, écrasé qu’il est par l’interchangeabilité des valeurs, la subjectivité des points de vue et l’indécision des situations.
Réfléchir sur la trahison conduit malgré tout à s’interroger sur l’essence même du lien politique. Dans cette notion se révèle en effet la dimension tragique de l’existence des hommes ; pour Boutang, elle signifie « qu’il est d’essence originelle de l’homme d’être engagé à sa communauté réelle, et de subordonner toute opinion et tout système de valeurs, si bien fondés qu’ils soient, lorsqu’il s’agit de cette communauté ». Une telle réflexion paraît d’autant plus nécessaire lorsqu’une camarilla de délateurs prétend chasser les nouveaux traîtres et s’efforce de banaliser les ostracismes, selon l’antique habitude démocratique.
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jeudi, 26 septembre 2002
N°6 - Editorial "L'amour brisé ?"
Le souci politique de l’amour ne serait-il pas à redécouvrir ? Sans amour, l’être humain se dessèche, l’ordre social se perd, et la civilisation se dissout. Dans l’amour que se vouent deux êtres, la société demande à naître, à se renouveler, à se désirer elle-même en établissant la continuité des hommes. A travers l’amour, c’est au fond l’ordre de l’être que la société humaine recherche ou magnifie. Il suffit que l’amour soit tronqué pour que se brisent les familles, semant doute et discorde dans le cœur des enfants, et c’est ainsi que l’Etat en vient à remplacer le rôle des parents. Il suffit que l’amour ne soit plus ressenti comme la plus haute responsabilité et la plus grande joie de l’homme pour que la perception de la Justice et du pardon, pour que le goût des solidarités humaines tendent à se dissoudre, au profit de l’amertume et du dégoût.
Aujourd’hui, les pathologies de l’amour (ou de ses mille différentes copies) révèlent la faillite de la philosophie moderne à
assurer la pérennité des relations humaines, à fonder la société sur le propre de l’homme. Le divorce, le suicide, la pornographie, la solitude amère signalent toute la crise de l’amour, qui ne cesse de fragiliser ou d’amputer l’homme, alors même que la satiété est le grand Credo de notre société. Il y a dans les représentations modernes de l’amour une imposture : l’amour n’y est plus que plaisir, objet de consommation, il n’est plus cette noble volonté de donner, d’espérer et de s’engager pleinement envers l’autre. Ces représentations ont une incidence dramatique dans les mentalités et les comportements : l’amour mal dirigé ou mal incarné ne révèle-t-il pas une haine de soi, un renoncement à l’humanité même ?
Dénoncer les illusions qui minent l’amour est donc devenu une mission à la fois morale et politique, soucieuse de l’être et de la civilisation. Ce n’est pas un hasard si notre dossier, à propos de l’amour, parle de politique, de philosophie, de sociologie et de littérature : c’est que dans tous les cas, la tâche consiste à retrouver un ordre vivant.
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mercredi, 26 juin 2002
N°5 - Editorial "Un inconnu nommé Maurras"
La vie de Maurras appartient à un autre siècle. Mais ses plus grandes œuvres font partie intégrante de l’héritage culturel français : elles demeurent, immenses, passionnantes, et elles se présentent comme un contient riche de nombreuses vois d’accès. Certains préféreront sa Politique naturelle, son analyse politique, ses vues sur la civilisation et sur les régimes :; d’autres, sa manière d’interroger le religieux et le sacré ; d’autres, ses routes de Provence et ses chemins grecs ; ses hymnes à la beauté et sa méditation classique ; sa critique littéraire ; son platonisme…
« Cher Monsieur, lui écrivait Proust, nous vivons, hélas, comme dans deux siècles différents, je ne vois pas plus votre visage, je ne serre pas plus votre main que si vous étiez Virgile ou Dante. » Quoi qu’il n’en soit peut-être que disciple – mais en maître ‘est de cette manière que nous sommes portés, aujourd’hui, à lire Charles Maurras : comme s’il était, pour la France, Virgile ou Dante.
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mardi, 26 mars 2002
N°4 - Editorial "Mission du langage"
Le technicisme, la rhétorique publicitaire abîment l’âme et l’esprit. On le voit aussi en politique, où le sens du bien
* Victor Klemperer : LTI, la langue du troisième Reich, Pocket, 1998.
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jeudi, 20 décembre 2001
N°3 - Editorial "Géopolitique d'abord"
Avec le courant de la nouvelle école de géopolitique (celle d'Aymeric Chauprade), nous sommes incités à découvrir une science maîtresse de la volonté politique. Or, là encore, ces outils de compréhension ne suffisent pas à la France si des volontés ne savent pas s'en servir, ou que les jeux électoraux les soumettent. Ce qui manque tout premièrement à notre pays, c'est une volonté incarnée et responsable, qui garantisse à la fois les personnes, les biens et les divers héritages qui donnent vie au creuset français. Et le royalisme est là pour s'imposer comme le vigilant ouvrier de cette volonté juste.
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dimanche, 01 avril 2001
N°2 - Editorial "La société de l'indifférence"
À partir de son capital de civilisation, de sa perpétuelle germination d’idées, de ses instincts critiques (même s’ils sont trop souvent sélectifs), grâce au génie de sa langue, à son pouvoir culturel, aux affinités et persistances françaises répandues à travers le monde, la France est en mesure de retrouver l’unité de son destin. Il y manque une volonté et une présence royale préparée par l’effort patient du royalisme politique et nourris par les exemples passés ou étrangers de la monarchie : tel est le projet de construction auquel nous sommes destinés.
Le passage à l’euro, les sirènes de la mondialisation, l’individualisme contemporain ne doivent pas faire oublier que la vie des nations est fort longue, et que les défaites ni les abaissements ne sont inscrits au tableau des fatalités. Sans aucun doute, l’institution monarchique permettrait que ces difficultés ne se convertissent pas en périls.
L’attention au sens des mots est le premier outil de conquête, la première raison imposée aux forces de mort qui assèchent ou tourmentent le patriotisme français. C’est pourquoi il importe de s’attaquer courageusement à l’indifférence contemporaine : Les Épées sont heureuses d’accueillir pour cela les réponses d’un des meilleurs commentateurs actuels de Platon, Jean-François Mattéi. Parce que l’indifférence est le risque perpétuel de chacun, lorsqu’il a pris sa solitude pour la mesure de toute chose.
Les Épées
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