dimanche, 23 avril 2006

N°19 - Sommaire "Fantasmes du complot"

medium_couv_19.jpgPolitique
Libertés pour tous, par Jean-Baptiste Barthélémy
Pipi citoyen, par Serge Degrim
Les casseurs de la république, par Jean-Baptiste Barthélémy

Spiritualité
Devenir de la religion civile américaine
Entretien avec Jean-François Colosimo

Société
Retour des steppes
Entretien inédit avec Sylvain Tesson

Place royale
Les Français contre l'histoire, par Antoine Clapas

FANTASMES DU COMPLOT
L'idée du complot à l'âge démocratique, par Frédéric Rouvillois
Rhétorique et énergétique du complot, par Antoine Foncin
L'affaire Cousteau, par Alain Raison
Méfiez-vous des Grecs, par Arnaud Olivier
Extrémistes et comploteurs - Entretien avec Christophe Bourseiller
Le complot et le conspirationnisme en librairie, par E. Equilbecq
Le complot, nécessité moderne, par Christophe Boutin

Nos humanités
Augustin et Pelage, par Jean-Marie Salamito

BD
Par Philippe Mesnard & Hector Nissac

Lectures critiques
Antoine Clapas, Laurent Dandrieu, Antoine Foncin, Emmanuel Fontan,
David Foubert, Luc de François, Patrick Longuet, E. Marsala, Thomas Mercier,
Louis Monier, Arnaud Olivier, Luc Tesson, Paul-Victor Victor.

Pour / contre
Le conservatisme impossible
Pour une restauration du politique, par Antoine Clapas
À la recherche du conservatisme, par Alain Laquièze

Musique
Penderecki, par Stéphane Giocanti

 

 

 

N°19 - Editorial "Fantasmes du complot"

Le bruit et la fureur

Life's but a walking shadow, a poor player
That struts and frets his hour upon the stage
And then is heard no more. It is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.
William Shakespeare, The Tragedy of Macbeth
 

La presse étrangère considère avec ironie et sans compassion notre pauvre pays. Imaginons les fameux Persans de Montesquieu, assistant à un autodafé devant la Sorbonne, croisant des cortèges de centaines de milliers de mineurs ignares et vindicatifs, ou bien des petits barbares recherchant des professions où ils ne travailleraient pas, et découvrant dans les compte rendus que des bandits s'attaquent à ces mêmes manifestants. Étonnés par les valses et les incuries du pouvoir, ils seraient abasourdis par le jeunisme et par l'incroyable démagogie de la gauche à l'occasion de ce tapage, et par la soumission sacrificielle des forces de police. Nos Persans se seraient renseignés sur les agitateurs et auraient noté leurs discours : selon eux, la loi de la rue est supérieure à celle du vote, la France est dans une situation de capitalisme sauvage, d'esclavagisme et de colonialisme déguisés, il faut se révolter contre les patrons, la droite et la démocratie, celle-ci n'étant qu'une apparence.
medium_cpe-sorbonne.jpgLa gauche, qui a fait de l'antipopulisme son cheval de bataille, s'est montrée ici infiniment plus dangereuse que toute forme de populisme actuel parce qu'elle a sciemment faussé le débat, menti sur ses termes, excité le ressentiment, provoqué la haine, multiplié l'intimidation ; elle a mis en causele droit commun des gens et s'est montrée complice du renouveau révolutionnaire de l'extrême-gauche.
Un pays ridiculisé, des centaines de millions d'euros dépensés, une économie inquiétée, le sens du travail, du devoir et des responsabilités une fois encore bafoué et conspué (depuis les prétendues élites jusqu'à la "base"), la politique pour l'emploi des jeunes annulée, voilà ce que fut le début de 2006. Le sommet du ridicule est atteint par ces anciens soixante-huitards transférant leur imaginaire imbécile sur leurs enfants, eux-mêmes dociles dès qu'il s'agit de sentiments vagues et faciles qui flattent leur bonne conscience et cultivent leur goût victimaire. Notre démocratie voit exploser sa plèbe et imploser sa "culture". Notre mémoire collective est chargée d'expériences sur la beauté silencieuse de l'unité et les bruits terribles de la division. En dépit de l'atterrement que ces événements inspirent, la France a encore de quoi se battre. C'est en tout cas notre espérance, et notre devoir. Le désagrégement de la société, les relents de guerre civile qui se sentent d'un côté ou d'un autre, sont le résultat logique et inéluctable du manque de France (1), de l'oubli du bien commun (2), d'une négligence fondamentale vis-à-vis du " vivre ensemble " (3) que nous rappellent aujourd'hui Jean-François Colosimo, François Huguenin ou Frédéric Rouvillois. Le message monarchiste prend aujourd'hui une urgence particulière.

 
Les Épées
 

1. J-F. Colosimo : " Le manque de France ", Le Figaro
2. F. Huguenin : Le conservatisme impossible.
3. F. Rouvillois : "L'identité comme mémoire et comme amitié", 2050, n°1.

N°19 - Chapeau du dossier "Fantasmes du complot"

C’est dans la sombre matrice du complot que naît et grandit la nation démocratique. Non pas forgée au grand jour par les épreuves subies et traversées ensemble, ou mûrie par les jours tranquilles, mais sourdement travaillée par les énergies occultes, irriguée par de troubles humeurs : sectes souterraines, fratries perverses, compagnies aux desseins cachés, riches infâmes, tyrans secrets…
Car ce voile jeté sur la réalité l’illumine d’un jour rationnel : tout est simple puisque tout s’explique par une Puissance amorphe, à la prodigieuse énergie vitale, dont le seul but est de détruire les glorieux jours à venir. Chaque échec, chaque vérité cruelle opposée par la réalité, chacune des comédies du pouvoir, tout n’est que la résultante mécanique, rhétorique, idéale, de l’action cachée mais éclatante du Complot Permanent.
Envers symbolique et nécessaire de tous les pouvoirs révolutionnaires, parfait instrument d’explication fantasmatique – et donc irréfutable, le complot traverse toute la société moderne, du XVIIIe au XXIe siècle. Les Épées l’examine, le scrute, le décrypte.
Ici l’ombre.

 

 

 

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