lundi, 23 octobre 2006
N°21 - Sommaire "La politesse contre la démocratie ?"
Politique
Les jurys de citoyen, mort-né ?, par Robert Grégoire
Société
Les jeunes sont revenus, par Serge Degrim
Déraison occidentale : à propos de Benoit XVI, par Alain Raison
DOSSIER : La Démocratie contre la politesse ?
Politesse et démocratie selon Tocqueville, par E. Marsala
Politesse et anti-politesse depuis deux siècles
Entretien avec Frédéric Rouvillois
Trop poli pour être honnête, par Charles-Henri Hubert
Langue et civilité, par Antoine Foncin
La courtoisie et les vestiges de l’ancienne France, par Arnaud Dhermy
Alexandre Vialatte ou les bonnes manières de l’écrivain, par Jules Seignoret
Nos humanités
Les secrets du sacré, par Danièle Porte
BD
par Philippe Mesnard & Hector Nissac
Lectures critiques
Arnaud Bordes, Gilles Chabrier, Antoine Clapas, Antoine Foncin,
Emmanuel Fontan, Francois Huguenin, Bruno Lesvez, Louis Monier, Alain Raison,
Laurent Schang, Axel Tisserand.
DOSSIER : Maurras, le temps de l’inventaire ?
Charles Maurras, entre l’ordre et le chaos
Entretien avec Stéphane Giocanti
Maurras, disciple de Tacite, par... Charles Maurras
Dans l’amitié du philosophe, par Axel Tisserand
Nouvelle
Un long soulagement, par Philippe Mesnard
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N°21 - Editorial "La politesse contre la démocratie ?"
« Nous n’avons plus tellement le choix. Nous n’en avons plus, parce que nous avons tout foutu en l’air. Non pas un peu, mais complètement. En Europe, il n’y a pas un pays qui ait fait une connerie aussi colossale que nous […] Évidemment, nous avons menti tout au long de ces 12-18 derniers mois […] Et avec ça, nous n’avons rien foutu pendant quatre ans. Rien. Je ne peux citer aucune mesure importante dont nous puissions être fiers – à part le fait que le gouvernement a réussi à se démerder à la fin en gagnant les élections. […] Au lieu de gouverner, nous avons menti, matin, midi et soir ! ».
L’homme qui parle avec cette franchise désarmante est le premier ministre socialistes hongrois, Ferenc Gyurcsány, s’exprimant le 26 mai dernier devant les parlementaires de son parti. Ces propos n’étaient pas destinés à être mis sur la place publique, mais un micro était ouvert qui aurait dû rester fermé. Rendus publics le 17 septembre, ils ont déclenché quelques nuits d’émeutes et une défaite relative du parti gouvernemental aux municipales suivantes ; mais Ferenc Gyurcsány est toujours premier ministre et, au plus fort de la crise, 51 % des Hongrois souhaitaient qu’il reste à son poste.
De quoi en tirer des leçons pour les gouvernements de tous les pays. Imaginons un peu : Bush comprenant que la seule façon de ne pas terminer son mandat par une débâcle est d’avouer qu’il a toujours su que l’Irak ne détenait pas d’armes de destruction massive. Blair retrouvant sa popularité en confessant que sa seule politique étrangère fut toujours de relayer servilement les positions américaines. Jacques Chirac convoquant le peuple français devant sa télévision pour annoncer publiquement, au 20 heures de TF1, que les affaires intérieures l’ont toujours emmerdé, qu’il n’a jamais eu la moindre idée de ce qu’il devait faire du pouvoir que les urnes lui ont donné et que son obsession antiraciste affichée n’avait jamais eu d’autre but que de camoufler son manque de convictions.
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N°21 - Extraits d'articles
Chapeau du dossier "Politesse"
La politesse est-elle le masque hypocrite du vice, et donc l’instrument d’un pouvoir asservissant, ou le rempart portatif de ceux que la modernité épuisent ?
On sent bien qu’elle n’est pas innocente mais au contraire grosse de pensées inavouées, de systèmes complexes, de subtilités statutaires qui dépassent largement la question du tutoiement.
Avec Frédéric Rouvillois comme porte-lanterne, Les Épées explorent ce champ si particulier du lien social pour y découvrir la démocratie à l’œuvre : antipolitesse révolutionnaire, bienséance du langage, pièges de la “bonne franquette” à la Franklin et douceurs suries des manières survivantes de l’Ancien Régime, la politesse s’avère une fois encore un combat, la civilité une question de civilisation. On ne se refait pas.
Chapeau du dossier "Maurras"
Maurras ne pourra prendre la place qu’il mérite dans l’histoire tant que deux attitudes stériles feront perdurer sa malédiction : la patrimonialisation et la stigmatisation ; deux attitudes à l’égard de l’œuvre de Maurras qui suivent des intérêts divergents mais contribuent également à faire des faux Maurras… D’un côté, c’est un nazi totalitaire, un jacobin blanc, de l’autre un catholique traditionaliste. Dans les deux cas toutes les subtilités du personnage disparaissent. Il n’y a pas à condamner Maurras aux oubliettes de l’histoire, mais il n’y a pas non plus à en faire une icône vénérable où mirer avec autosuffisance et illusion la certitude « d’avoir raison ». La vraie tradition est critique et c’est la démarche de Maurras tout autant que ses idées qui doivent inspirer la réflexion : répondre jour après jour aux problèmes qui se posent en France, sans esprit de système, mais avec la volonté de défendre les libertés. À ce titre, le royalisme exige un détachement de Maurras parce que Maurras ne constitue pas tout le royalisme. Il a su restaurer l’idée monarchique en la rendant conforme aux aspirations et à la rationalité politique de son époque.
Il a ainsi sauvé du naufrage la vieille idée royale, toute prête à se perdre en dévotion bigote aux cendres de Louis XVII et au Sacré Cœur « espoir et salut de la France » ; le royalisme risquait de devenir alors autre chose qu’une politique pour disparaître dans les sables d’un fidéisme malsain ou dans l’attente nihiliste d’un « miracle ».
Au-delà du contenu de l’œuvre de Maurras, dont la pertinence est à réévaluer à chaque moment si on veut en faire un usage politique – pour ne pas tomber dans les vains slogans et perdre de vue le réel – il faut s’attacher à sa démarche d’élaboration d’une politique qui réponde aux enjeux du moment et sauver le royalisme du fossé. Aujourd’hui tout est à refaire ; trop souvent, les royalistes se désintéressent de la politique au nom de l’idée royale dont ils sont imbus et qu’ils préfèrent contempler plutôt qu’examiner le difficile problème du trou de la Sécu. Sous condition d’inventaire et de réinterprétation, l’œuvre de Maurras peut susciter un renouveau, susciter l’innovation et la réflexion politique.
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