vendredi, 21 mars 2008

N°25 - Sommaire "l'alcool est-il de droite ?"

1593578333.jpgACTU
4 Sociétés
À dimanche. Alain Raison
6 France
Qui a peur du grand méchant mot ? E. Marsala
8 Europe
Saudade. Jean-Baptiste Barthélémy
10 International
150 ans de relations franco-japonaises. Stéphane Giocanti
Kosovo Je Serbja. Maurice G. Dantec
14 Grand entretien
René Girard. Antoine Rocalba
16 Place royale
Le coup d’État réhabilité. Louis Duquesne

DOSSIER
L’alcool est-il de droite ?
18 L’alcool est-il de droite ? Arnaud Olivier
21 Quel buveur de droite êtes-vous ?
22 Araignée du soir, faut boire. Léon Daudet
24 Mémoire, terroir, savoir. Denis Tillinac
25 Socrate ivre. Pierre Boutang
26 L’alcool de l’écrivain.
Entretien avec Pierre Chalmin
29 Pan n’est pas mort. Antoine Foncin

CULTURE
30 Nos humanités
Le Rex sacrorum (II). Danièle Porte
32 BD Philippe Mesnard
34 Revues des autres
Les pélerins chérubiniques. Brice Bourdeau
36 Lectures
50 Arts Amaury Chabert

 

Articles disponibles sur le site

 

Commander la revue, 7 euros

 

Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : les epees, sommaire, 25, alcool, revue, royaliste |

N°25 - Editorial "l'alcool est-il de droite ?"

1276927038.jpgD’une façon générale, le spectacle qu’offre la France est navrant. L’argent est un dieu vénéré par toute la classe politique, même et surtout la gauche, l’Europe est l’horizon indépassable de notre futur, le monde se fait sans nous. Et pendant que la droite honteuse se dépêche de ne pas tenir ses promesses et d’ouvrir les robinets à phynances, pendant que Président et ministres courent la planète et le pays pour assister à tous les enterrements possibles et rencontrer le plus de minorités en voie de disparition (ouvriers industriels et autres pécheurs bretons), les débats intelligents font rage dans les médias : confions 11 000 morts à 600 000 élèves ! Empêchons la présidentialisation du régime par un monarque qui ne respecte pas le caractère sacré de sa fonction ! Les municipales ne sont pas des élections municipales !
Sur le fond, à savoir que la démocratie n’est pas une philosophie, que l’Europe n’est pas une fatalité, que l’exercice du pouvoir ne doit pas être une forfaiture, le débat est ailleurs. Dans Les Épées, entre autres. Dans ces pages mais aussi lors de nos conférences, où Stéphane Courtois est venu présenter le Livre noir de la Révolution française ou Eric Zemmour son roman Petit frère.
Comme ni l’Europe, ni la France ni la démocratie ne risquent de disparaître à très court terme, nous avons quand même décidé de consacrer notre dossier à une question taraudante, propre à animer les dîners en ville et les déjeuners en famille (le dimanche) : l’alcool est-il de droite ? On le sentait, ça restait à prouver. Le débat reste ouvert, mais il semble bien établi qu’à droite on boit par lucidité (les gens de droite sont fondamentalement pessimistes : tout est toujours allé très mal) et qu’à gauche on boit sans s’avouer qu’on a compris qu’on a tort. Les premières conclusions sont donc encourageantes.

Les Épées
 
 

Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : les epees, editorial, 25, revue, royaliste |

N°25 - L’alcool est-il de droite ?

Par Arnaud Olivier
658837343.jpgÀ quelles erreurs la bonne éducation ne conduit-elle pas ? Les conversations de bistrot ont mauvaise presse auprès des gens convenables. Il faut n’avoir jamais eu l’honneur de tenir son rôle dans une de ces disputes pour croire qu’elles sont invariablement grossières ou frivoles. De même que les disputes philosophiques les plus profondes portent sur la philosophie elle-même, il serait juste que les conversations de bistrot les plus étincelantes traitent en premier lieu de la science de bien boire. Cependant, l’étude de cette branche de l’activité humaine paraît fort délaissée. Il se trouve certainement des sociologues pleins de confiance dans leurs méthodes et des hygiénistes rigides pour étudier les conséquences de l’alcoolisme chez les femmes du monde ou les chômeurs du Pas-de-Calais. Mais tous ces travaux négligent l’essentiel : en se concentrant sur le phénomène matériel, ils masquent la fin ultime de l’ivrognerie, ils en travestissent la noblesse.

Lire la suite

lundi, 25 février 2008

N°25 - Qui a peur du grand méchant mot ?

Par E. Marsala

1269251317.jpgLa dernière conférence de presse de Nicolas Sarkozy, le 8 janvier 2008, a donné lieu, après quelques échanges convenus et ronds de jambe de connivence, à une curieuse passe d’armes engagée par Laurent Joffrin, le patron de Libération, autour d’une question de sémantique politique : « Au fond, est ce que vous n'avez pas instauré une forme de pouvoir personnel, pour ne pas dire une monarchie élective ? »
Le président aurait pu botter en touche, mais il voit rouge, et le voici qui donne dans le sarcasme, entre bonhomie de façade et ironie professorale: « Voilà une question modérée, qui montre que Monsieur Joffrin de Libération est en pleine forme. Bon, il a le droit d'avoir son avis sur la monarchie élective. Mais enfin, monarchie ça veut dire héréditaire. (...)  Monsieur Joffrin, un homme cultivé comme vous, dire une aussi grosse bêtise ? - moi, issu de la monarchie ?

Lire la suite

mercredi, 13 février 2008

N°25 - Retours en Déonie

28e8cff7235d26345132d19fe34d118d.jpg    Michel Déon est probablement le dernier de nos écrivains à avoir su créer un univers romanesque à la fois construit, riche et renouvelé. Il nous paraît malheureusement encore trop souvent victime de vils raccourcis et d’une méconnaissance inique. Pourtant, pour en finir avec les sempiternels clichés sur les hussards, le romancier du bonheur ou l’auteur enfermé dans un courant politique, il suffirait simplement de lire ses livres. A cet égard, les éditions Gallimard éditent son choix personnel d’œuvres dans la collection Quarto. On peut regretter l’absence des Pages grecques ou des Pages françaises. Mais, l’amateur  trouvera avec bonheur des textes de Déon illustrés par des artistes contemporains, comme Jean Cortot ou Julius Baltazar. Ces plaquettes, tirées parfois à seulement trois exemplaires, étaient devenues presque introuvables. Il faut également saluer la qualité des documents et photographies. Le fervent lecteur peut y découvrir le visage de Sheila ou B. de B., dont les transcriptions romanesques parcourent nombre d’ouvrages de Michel Déon.
    Les éditions Flammarion ont également rendu un double  hommage à son génie créatif. La revue littéraire L’Atelier du roman, dans son numéro de septembre 2005, lui livre quelques « exercices d’amitié » de la part d’écrivains ou critiques qui ont reconnu dans ses livres « un canton de [leur] sensibilité » ( Pol Vandromme ). Le directeur de cette revue, Lakis Proguidis, échangea pendant plusieurs années avec Michel Déon une correspondance autour de la création romanesque. Rassemblées dans Guerres et roman, ces lettres sont un libre dialogue esthétique autour du roman, fustigeant concepts et idéologies.
    Inscrits dans leur temps, parfois témoignage du souffle de l’Histoire ( Les  poneys sauvages ),  les livres de Déon restent cependant ceux d’un écrivain désengagé. Les actes du colloque tenu à la Sorbonne le 5 juin 2004 rappellent ce trait essentiel de son œuvre. Loin d’un pédantisme verbeux, des interventions d’une rare qualité permettent de rendre à Michel Déon une place vivante et vraie dans la littérature d’aujourd’hui. Nous retiendrons celle de Jean-Pierre Poussou portant sur « Les paysages dans l’œuvre romanesque de Michel Déon ». Dans cette étude, il cite un superbe passage du premier ( et malheureusement introuvable ) livre de Michel Déon,  Adieux à Sheila, dans lequel sa maîtrise nous semble toute entière - et précocement - contenue : «  Ils partirent le long de la Tamise, à cet instant où elle cesse d’être une embouchure pour devenir un grand fleuve. Au pied de la colline de craie, le fleuve mord, sur la terre, d’une façon indécise. Les baraques de pêcheurs, construites sur pilotis, s’isolent mal du marais. C’est un village incroyable, sans forme, sans ordre, où les roulottes privées de rues alternent avec les grosses baleinières ventrues et lourdes renversées par un coup de marée, dont les familles aussi ingénieuses que pouilleuses, ont fait des logements, perçant des fenêtres et des portes dans la coque. Sur les devantures des bistrots, des noms pour Joseph Conrad. De temps à autre, une montagne de coquillages vides, de carcasses exhale sa puanteur. Les pubs distribuent un whisky frelaté ou une eau-de-vie sirupeuse que l’on boit dans des grands verres à bière. Les joues des vieux pêcheurs s’ornent encore de favoris. Ils marchent pesamment, détachant les pas, bottes de caoutchouc jusqu’aux hanches. »


    Pierre Anclades

Œuvres, Michel Déon, Quarto, Gallimard, 2006.
L’Atelier du roman, n° 43, septembre 2005, Flammarion – Boréal.
Guerres et roman, Michel Déon et Lakis Proguidis, Flammarion, 2005.
Michel Déon, aujourd’hui, sous la direction d’Alain Lanavère, Thierry Laurent et Jean-Pierre Poussou, Presses universitaires de l’université de Paris Sorbonne, 2006.