mercredi, 09 avril 2008

Lisbonne ou la damnation de l’Europe

Par J.L.J  di  Costanzo

966269273.jpgOn a tout fait pour dissimuler ou faire passer comme anodine la signature du Traité. Un vrai tir de barrage médiatique de crainte de déclancher une polémique autour d’une constitution refusée voici deux ans par voie de référendum, par le peuple  français.
Il y eu le voyage de Nicolas Sarkozy en Algérie et l’affaire autour d’Enrico Macias. Puis on reçut dans le plus grand concert médiatique, en harmonie paradoxale avec une cacophonie de Boulez, le Colonel Kadhafi. Toutes les trompettes et les alarmes sonnèrent du Palais-Bourbon au Café de Flore : les ministres d’Etat tels des égarés ou échappés d’un asile, se mettant à « divaguer» pour ensuite s’excuser au premier rappel à l’ordre de l’Elysée. Un « Up side down » complet, où l’on alla jusqu’à entendre  notre brutal bédouin de Cyrénaïque nous donner des leçons d’Humanisme!

On crut que Paris fut pris de folie !

Enfin, juste après le départ de notre hôte, ce fut l’happy Ending, pas le temps de reprendre son haleine. Pour clore cette semaine chaotique, une fin à « l’Américaine » dans un parc d’attractions de l’Est parisien, une sortie en famille pour aller voir la Parade de Noël. Incognito avec 40 journalistes en rangs serrés devant des tourtereaux de « papier glacé ». Apparaissant comme sortis d’un Empire d’opérette, c’était bien là Badinguet au bras de la Castiglione!

Le traité de Lisbonne ou pour les tatillons bruxellois, « le Traité modifiant le traité sur l’Union européenne et le traité instituant la Communauté européenne »  a été ratifié  le 13 décembre dernier aux termes d’une conférence intergouvernementale européenne.

Ce fut le sommet où les Européens démissionnèrent de l’Histoire.

La conférence Europe- Afrique

En préliminaire, le sommet tragicomique « Europe Afrique », ou la débâcle constatée de l’Europe en Afrique. La conférence commença ainsi dans la plus grande hypocrisie, et furent accueillis des scélérats notoires comme Mohamad Kadhafi et Robert Mugabe, faisant fi des interdictions de séjour et autres mandats d’arrêt.
Il ne fut pas question du Darfour. Il peut bien attendre que diplomatie se fasse. Et l’on s’inquiéta de l’avancée des Chinois sur le continent, dans une magistrale tartufferie aux accents teintés de cynisme.
« L’Afrique n’a que les dictateurs et la misère qu’elle mérite ». Voici le premier postulat humaniste de Lisbonne.

Une Union méditerranéenne ?

1638818979.jpgL’Union méditerranéenne est la prochaine des « abstractions dévastatrices », de Bruxelles. Entre Union Européenne et Union Africaine, un second cercle en périphérie, zone tampon, se voulant être le lien entre Orient et Occident et entre Nord et Sud, en ostracisant Israël si on écoute Kadhafi. Ainsi le Ghetto rejoindrait la « dimmitude ».  Et par souci de symétrie, en voulant un Etat d’Israël au Moyen Orient et un Etat musulman en Europe, on ne s’opposera pas à l’indépendance du Kosovo.
Si une Union Méditerranéenne est dans l’absolu une idée bien exaltante, il  faut regarder  la réalité en face et être conscient des logiques régissant la zone. La création ex nihilo de l’Etat du Kosovo  et de sa probable annexion par l’Albanie provoquera dans une région, encore bien sensible, une nouvelle déstabilisation qui pourrait se traduire par un embrasement allant de Trieste à Constantinople. Sans parler qu’avec le projet d’un Kosovo indépendant, et d’une Serbie encore une fois démembrée, qu’en serait  de nos relations avec la Russie? Sans cette dernière, l’Europe est hémiplégique ! il n’y aurait ainsi plus de centre, si ce n’est que d’intérêt.
Si l’on voit l’indépendance du Kosovo, comme une des conditions primordiales et ciné qua non à toute union meditéraneenne, il faut aussi admettre que ce  projet pourrait bien aliéner toute tentative de  construction de cette dernière.  C’est un projet géopolitique ambitieusement absurde!

De la pure technique, un vide moral,

Le projet constitution signé le 13 décembre, que l’on nous présente comme un traité simplifié, c’est-à-dire moins de textes et plus d’annexes  si je maîtrise bien l’art de comprendre les  euphémismes bruxellois. Refusé par la France et le Danemark, le traité initial avait été retiré, et par quelque passe incantatoire les prestidigitateurs technocrates nous le ressortent de leur chapeau, à peine revu juste « simplifié ». Une Charte du fondamentalisme technocratique, un superbe meccano pour ministre en retraite!
Le premier projet de constitution avait échoué par son manque de démocratie et sa démesure technocratique. Il y avait dans le « non » une réelle aspiration à une Europe affirmant ses valeurs universelles  millénaires judéo-chrétiennes. On pouvait comprendre dans le « non » une volonté populaire de participer à la construction Européenne  et d’aspirer légitimement à être « maître de son destin ».  Il y avait dans le « non » un espoir citoyen.
1437668335.jpgLes Commissaires et  chefs d ‘état ne l’ont pas compris ainsi et par un acte de violence politique inouïe, et un sourire goguenard au coin des lèvres, ils ont signé le projet de constitution.
Ainsi, et de leur propre chef, nous aurons un président élu pour deux ans, une diplomatie plus ou moins harmonieuse. Au comble de l’absurdité, sans la définition des limites géographiques et culturelles de la  « Bête », il y a aussi un volet sécuritaire, par l’harmonisation des polices et des justices. On voudrait que les peuples s’exaltent pour la construction européenne en leur faisant admettre le fait accompli, une constitution technocratique sans Ame « pure sucre ».

Moins de souveraineté et néant idéologique, colportant d’insipides valeurs, agitant de grands mots sans réalité concrète, « comme le droit à la dignité ». L’Europe ne sera que pure technique, de l’académisme politique, de l’abstraction parfaite, la négation de toute morale ou valeur historique, de la folie furieuse pouvant devenir autodestructrice.
On veut  l’Union Africaine, et en abandonnant le continent aux tyrans, à la famine et aux épidémies, le transformant en un maelström de la misère humaine. Où sont les valeurs ? Absentes, nous avons démissionné.
Nous voulons faire une Union Méditerranéenne en excluant Israël et en créant le Kosovo ce qui nous apportera des conflits interethniques au lieu de maintenir un status quo.
La guerre civile, des Balkans jusqu'à la Corne de l’Afrique, voilà le cauchemar de Lisbonne et la damnation de notre civilisation !
Nous avons fait commerce de notre âme avec nos vieux démons, nous avons  renoncé à notre génie et construit ainsi une Europe sur la négation de nos propres valeurs millénaires et Saintes.



mardi, 08 avril 2008

A Roman Week End in Cumbria : une réflexion sur le conservatisme.

Par Jérôme L.J di Costanzo

2077682521.jpg Cela aurait pu commencer comme une de ces autobiographies à compte d’auteur, une de ces petites destinées littéraires, insipides et inintéressantes qui pullulent en Grande-Bretagne. Ce dernier, prétendant à la succession, en futilité, d’Oscar Wilde, vous subirez à la lecture de l’ouvrage, un enchaînement stylistique d’inodores flatulences désespérément apocryphes. Et de surcroît, affublé d’une prolifération de détails plus ennuyeux qu’utiles, nous faisant penser à l’occasion, qu’un  Flaubert fut un écrivain distrait et léger.
Un petit objet que vous pouvez acquérir pour un peu moins de 15£ pour ne pas vexer votre hôte, qui a eu la délicatesse et la charité chrétienne de vous inviter à son cocktail de Première. Avoir sa vie résumée entre un champagne tiède et des sandwichs mous, quelle angoisse !

Eh, oui! Cela aurait pu commencer comme ce genre de littérature acidulée et égocentrique : « Il y a  quelque temps de cela, J’eus l’opportunité, à l’invitation de Douairière Angéla Strickland, que ses petits-enfants confondent dans leur candeur infantile avec la Reine, à séjourner le temps d’un Week End, en son Château de Sizergh, prononcé « Saïzere». » Etc.

Des Gens  de la Frontière

Plantée en plein milieu d’une toile de Ruskin, dans le « Lake district », un fond d’un vert exacerbé, violent, bordé d’un liseré blanc argenté, vous donnant l’impression d’un flou permanent. Un paysage qui inspira tant de pré-raphaelistes, c’est la Cumbria, au Nord de l’Angleterre.
Le corps central du bâtiment  ne laisse aucun doute, c’est à l’origine un fort, un bloc de pierre marquant le territoire, le « king-dom », le domaine du roi. Sizergh se tient là depuis le 14éme siècle gardant aux Septentrions la « Border» écossaise. C’est sa vocation de prévenir toute invasion ou raid des terribles clans  Ecossais des Lowlands comme les Johnston, Douglas, Armstrong ou autre Moffat. À cet effet au 16éme siècle, le seigneur de l’époque, Williams Strickland forma un régiment de 290 hommes d’armes.
La famille fait partie de la noblesse, la vraie, à ne pas confondre avec l’Aristocratie. La noblesse est un conglomérat, où chaque composante est  fondue l’une dans l’autre, et où l’une n’a de sens que dans la dynamique que lui donne l’autre. Il y a un «, ‘ je ne sais quoi » du principe de la Sainte Trinité dans la noblesse, de la grâce d’un Evangile. Elle est, en fait, l’amalgame d’un lieu, d’une famille et d’une foi, cette dernière consacrant le tout et l’ensemble étant maintenu par un ciment indissoluble : la Loyauté à une Eglise, a un Roi, à une Terre. 
L’équation des Strickland, leur vocation est la suivante et est irrévocable : la « Border » est leur domaine, leur dynastie, partisans des Stuarts et enfin, leur seule église, la Catholique Romaine.
 Et cela est indissociable et spirituellement  pas négociable! Même le temps d’un Week End à la teinte pré-raphaeliste, vous comprenez maintenant pourquoi, il fut, (catholique) Romain en Cumbria.

De la première des Ruptures

774489536.jpg Des «Catholiques anglais» ! et cela sans discontinuer depuis la Réforme. Je dois dire que la chose ne manque pas de panache et d’élégance, voire de courage. Malgré les persécutions, les intimidations, les relégations et les soupçons, ils sont  toujours attachés au dogme de notre Sainte Mère l’Eglise.
 Je suis toujours tenté par la comparaison de la rupture anglicane avec la Révolution française : on ferma des monastères, brûla des églises et l’on exécuta des prêtres qui avaient refusé d’abjurer leur Pontife. Sur ce plan, un Saint Thomas Moore  rejoindrait un Edmund Burke.
John Campion, le « sedicious Jesuite », et martyre anglais, n’avait-il pas clamé de sa geôle, avant son exécution, « en nous condamnant, vous condamnez vos propres ancêtres, vous condamnez tous les anciens évêques et rois, vous condamnez tout ce qui était autrefois la gloire de l'Angleterre ... ». Au nom de la « liberté de croyance » et après au nom de la «raison», on débarrassa, non sans une violente terreur, le peuple  de ses «superstitieuses» habitudes Romaines !
La politique de la «table rase» pour imposer une abstraction de la raison, il s’agit là, (me le  permettant en tant qu’essayiste, sans aucune prétention historique ou théologique), de la « Première Rupture », une illusoire foi dans les vertus de l’éradication en vue de matins meilleurs.
Sizergh fut à cette époque un sanctuaire catholique, avec ses prêtres inscrits comme peintres ou bien à l’image d’un Christ ressuscité comme jardiniers, avec ses chapelles discrètes installées dans des placards ou réduits, des « priest  hole » qui permettaient aux religieux de s’échapper, communion donnée.  Les Strickland accolent à leur histoire toutes les traditions et légendes de cette Angleterre « popish », une religion secrète à l’époque!

« Si notre religion fait des traîtres nous méritons d’être condamnés ; mais autrement nous sommes et avons été les véritables sujets que la Reine a toujours eu ».   Saint Edmund Campion

Fidélité et dévotion,

Entrons maintenant dans le corps de la citadelle. Il aurait été bien venu d’y être accompagné par une sonate de Georg Muffatt, le compositeur allemand était issu justement, de cette diaspora catholique de la fin du 16me siècle et qui avait immigré sur le continent pour fuir les persécutions.
Je déambule, et luxe suprême, librement de chambre en chambre. Une cuisine élisabéthaine pouvant contenir un pub, avec un âtre assez large pour rôtir un bœuf entier. Au centre de l’édifice  dans ce qui fut le donjon primordial, « the Banquet Room » et, adjacente la chambre destinée au seigneur de la place. Voyage dans le temps, Art de la mémoire, ma visite tournait à une exhortation ésotérique. De chambre en chambre, la mémoire se recompose, une logique apparaît. Une logique que l’on avait perdue, celle de l’Avant-modernisme, celle de la Tradition.
Les Rois ! Leurs rois ! devrais-je dire. Leurs portraits en couvrent les murs. Charles I, et le II, James II, qui dut abdiquer pour s’être converti au catholicisme. Roi, roi en exil, et « par-delà les mers », que les Strickland suivront. Comme l’amiral Roger Strickland, héros de la bataille des 4 jours contre les Hollandais, qui suivit James II à St Germain où il y mourut. Cela valut à la famille d’être placée sur la liste des « traîtres jacobites » restés fidèles au roi déchu. Traîtres parce que fidèles à leurs convictions, loyaux à leur serment d’obédience, le paradigme ne manque pas d’absurdité.
Enfin, une chambre me fut attribuée, j’y parvenais par un grand escalier bordé de portraits d’ancêtres, pas seulement des Strickland, mais des Matthews, des Angelheart, Cox et d’autres Catholiques, de diverses origines : irlandaises, française, allemande, voire quelques grand-mères maltaises, ressemblant trait pour trait à la Claudia Cardinal du « Guépard » de Visconti. Oui des femmes qui ont su transmettre et maintenir la religion, ce qui est symptomatique d’une certaine élection.
Les Stricklands ont continué  bon gré mal gré à assumer leur destin, leur devoir, condamnés a un nomadisme, ils devinrent des officiers de marine, que leur pérégrination amena  jusqu’à Malte, pour  être fait Marquis de la Catena, par le Grand Maître de l’Ordre Souverain de Malte.
Ils prirent souche sur cette île, où ils furent des acteurs importants de l’Indépendance. Le Baron Gerald Strickland devint « Premier ministre » de 1927 à 1932. Sa fille Mabel, journaliste au « Times Malta », resta dans les annales de l’île pour ses controverses passionnées avec le Premier ministre maltais de l’époque Dom Mintoff.

Afin de calmer mon exaltation romantique, que je dois certainement à de lointaines origines écossaises. Je partis à la recherche d’un livre, pour couronner cette journée par quelque ponctuation pouvant s’accorder harmonieusement avec le lieu. Je découvris ainsi un petit objet littéraire, au demeurant sans prétention, mais en parfaite adéquation avec le moment : « jacobite essays » de Mary Wakefield, édité par, (ça ne s’invente pas) par Titus Wilson & Son, Kendal, 1922. J’ouvris l’ouvrage et la prose romanesque et exaltée de l’auteur  m’entraîna vers des songes où les combats désespérés ne manquent pas de beauté : des derniers carrés de baroud d’honneur, baïonnette en avant, ou inextremiste on sauve les couleurs, ou les combattants héroïques n’acquièrent qu’Honneur et n’atteignent l’Eternité qu’avec une loyauté indéfectible envers leurs convictions.

Tory !

323611664.jpg Tory est le surnom des conservateurs dans les pays Anglo-saxons. Le terme aurait pour origine le mot irlandais « Torai » signifiant « fugitif »  ou « Hors la loi », cela à l’origine qualifiant les partisans du roi Stuart. C’est pour cela que j’ai accolé un point exclamation, comme si on voulait pour l’éternité les interpeller.  Et ne pourrait-on pas mieux qualifier les Strickland de « Torys » de l’histoire : catholiques quand cela fut interdit et partisans du roi quand celui-là par vox populi fut chassé du pays. Des rebelles aux yeux des séculiers et des dévots fidèles à leur foi et obédience. C’est ici une constante du conservatisme et cela de Don Quichotte à Churchill.
Les Strickland font partie de ce que Burke appelait la « paegeantry », qu’il symbolisa par l’image du « vieux chêne », cette structure nobiliaire, gardienne des valeurs et de la logique historique d’un pays.  Et cela, dans la même catégorie que des Churchill, qui devinrent Ducs de Malborough, et dont un des rejetons Winston sut trouver les mots pour faire triompher son pays de la barbarie nazie. Ou bien comme ces petits nobles Anglo- Normands d’Irlande, les Wesley, parmi lesquels le Duc de Wellington, vainqueur de Bonaparte et père de l’Angleterre moderne. Fidèle à la mémoire d’un Simon de Montfort, Earl of Leicester, qui au 13éme siècle formera le premier Parlement élu de l’Histoire, sortant ainsi le pays de la guerre civile. Les familles nobles britanniques ne sont décidément pas sans vertu, quand il s’agit de faire relever le menton à un peuple.
Et nos Strickland de Sizergh sont de cette même race, que cinq cents ans de modernisme n’ont pas réussi à aliéner. Ils seront toujours là pour garder la frontière, là-bas au nord de l’Angleterre. Et c’est un Espoir.


lundi, 07 avril 2008

Darfour : L’Onu doit appliquer ses résolutions !

Par Jérôme L.J di Costanzo

1297001191.jpg Le 3 mars dernier, un soldat français de l’Eufor a fait le sacrifice de sa vie afin de garantir le succès de sa mission. Devant ce drame, Il est légitime de s’interroger sur la nature exacte de sa mission et si dans ce contexte bien précis, il n’y a pas détournement de sa vocation première?
Depuis quelques semaines, on a du mal à comprendre si l’Eufor  a pour mission, comme cela a été fixé au terme de la conférence de Paris, de s’interposer entre l’armée soudanaise et la rébellion du Darfour, pour sécuriser les populations civiles ou pour défendre le gouvernement Deby contre une rébellion armée ? Cet accrochage avec des forces régulières soudanaises et la mort d’un adjudant souligne une ambiguïté sur la réelle destination de la force armée internationale.

Parce qu’un un déploiement de l’Eufor devient urgent. Le Conseil de Sécurité a fait part de ses inquiétudes le 12 mars. Ces derniers mois, les combats entre le JEM et l’armée soudanaise soutenue par des milices, ont redoublé d’intensité. Treize mille personnes désespérées ont passé la frontière du Tchad afin d’y trouver un refuge deux cents d’entre eux y ont perdu la vie. Dans le Djebel Moon, pris au piége, entre offensive gouvernementale et contre-offensive des rebelles, vingt mille civils, sont coupés, de ce fait, de toute aide humanitaire.  Il y a là, devant la dégradation de la situation de dizaines de milliers de vies humaines, une urgence réelle. Cette situation n’est plus sous contrôle, et l’ignominie de la guerre est à l’œuvre, implacable dans une logique meurtrière.

Rappelons  que les populations civiles du Darfour sont dispersées en deux cents villages-camps de réfugiés, ces derniers faisant l’objet de bombardements réguliers de la part de l’aviation soudanaise. Quatre-vingt « ONG » y sont à l’oeuvre, essayant de faire face, en dépit des menaces quotidiennes, à une demande toujours croissante. Plus de deux millions de réfugiés au total, soit l’équivalent de la population du Kosovo, où il a été possible  d’envoyer une force d’interpositions de l’ONU, cela en dépit des tensions avec la grande puissance qu’est la Russie , mettant ainsi la Province sous une administration Onusienne. Pourquoi, ce qui a été fait pour le Kosovo ne serait pas valable pour le Darfour ? Rappelons aussi que le Darfour a été rattaché que tardivement à l’administration Anglo-Egyptienne de Khartoum durant la première guerre mondiale. Il ne s ‘agit pas, à la différence du Kosovo d’une province historique du Soudan. Alors pourquoi l’Eufor tarde-t-elle à se déployer ? Sans force d’interpositions, toute tentative d’améliorer le quotidien des Darfouris est condamné à l’échec.

Au fur et à mesure que l’Eufor tarde à intervenir, nous nous rapprochons inexorablement d’un point de rupture. Rappelons les inquiétudes récentes du chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Jean Marie Guéhenno, qui a alerté le Conseil de Sécurité du risque d’ « humiliation » pour l’ONU, si l’Eufor  et ses vingt-six mille hommes, prévus,  ne se déployait pas à temps. Il y a là,selon lui, le « risque d’un échec » : « il nous manque » selon M. Guéhenno  des capacités absolument cruciales pour le succès de la mission » comme le transport terrestre:  18 hélicoptères de transport et 6 hélicoptères d’attaques. Sans mobilité et vu le territoire à couvrir, la force serait condamné à l’inertie et la mission à l'échec. M. Guéhenno fait aussi état des réticences et de silences complices de certains états sans les nommer. Constatant un décalage entre les paroles et les actes à propos du Darfour, il juge que "la volonté des Etats de prendre des risques n'est pas encore confirmée"déclare-t-il. 

Avons-nous là les prémices d’une démission Onusienne face à la catastrophe du Darfour ?

Enfin, le Chef des opérations de l’ONU émet des doutes sur la volonté de résoudre le problème du gouvernement de Khartoum, qui de fin de non-recevoir en marchandage ralentit substantiellement le déploiement de la force : « Le gouvernement soudanais ne nous a dit ni oui, ni non", souligne M. Guéhenno, affirmant que ces tergiversations "risquent de compromettre la possibilité pour ces unités de se déployer dès le début de la mission", (sources AFP)

Faut-il vraiment attendre une bienveillance de Khartoum pour le Darfour ? Sachant qu’il s’agit d’un gouvernement notoirement connu pour sa brutalité, qui a conquis sa légitimité par la force et les massacres, nous en doutons. Nous connaissons la nature réelle du régime El Béchir, il nous a donné des exemples de brutalité lors de son conflit, avec les populations chrétiennes et animistes du Sud : trois millions  de morts civils en dix ans. Doit-on attendre alors son avis pour réagir sur le Darfour ? La Province n’est pas à historiquement parlé une partie du Soudan!

Nous devons garder en mémoire l’exemple de l’ex-Yougoslavie, ou une coalition déterminée des démocraties a mis fin aux exactions d’un Milosevic. Afin d’empêcher toute prérogative du Soudan sur sa Province et devant l’envergure de la catastrophe humanitaire présente et annoncée, l’ONU doit mettre le Darfour, comme il l’a fait au Kosovo, sous administration internationale et déployer sans plus tarder la force de l’Eufor.


mercredi, 19 mars 2008

LE PATRICIEN ET LE SUCCESSEUR DE SAINT PIERRE : CHURCHILL ET JEAN-PAUL II

Par Jérôme L.J di Costanzo

“Onward, Christian soldiers, marching as to war,
With the cross of Jesus going on before.
Christ, the royal Master, leads against the foe;
Forward into battle see His banners go!”(1)

1302593586.jpg Le 12 août 1941, à la demande de Winston Churchill, fut intégré dans la cérémonie clôturant la signature de la « Charte Atlantique », en baie de Platentia, l’hymne religieux « Onward, Christian Soldiers ». Dans son livre « the second world war », il témoignera, non sans émotion, de l’égrégore solennel régnant ce jour-là au large de Terre-Neuve : « Aucun des participants n’oubliera jamais le spectacle de cette assemblée massée sur le pont arrière du « Prince of wales ». La symbolique de l’Union Jack et de la Bannière Etoilée flottant côte à côte, les chapelains britanniques et Américains se relayant pour réciter les prières, les rangs serrés des marins américains et britanniques entremêlés, utilisant les mêmes livres de prières, prononçant les mêmes implorations, chantant les mêmes hymnes familiers » .(2)
Scellant une alliance, jusqu’à présent quasi indéfectible entre les Etats-unis et le Royaume-Uni, cette « Atlantica Carta » est un Credo prophétique qui nous annonce, déjà dans ses grands traits, l’Otan, la volonté de libéralisation des marchés, le désarmement, et aussi l’arrivée  d’un Président Reagan et d’une Margaret Thatcher. En ce jour d’août 1941, ce partage de valeurs communes, cet œcuménisme politique annoncent d’ores et déjà un Jean-Paul II. Le 1er mars 1955, lors de son dernier discours à la Chambre des Communes,  le sauveur de 1940, devenu le prophète de la guerre froide, conclut sa carrière politique par ces mots: « Peut être le jour viendra-t-il où la loyauté, l’amour du prochain, le respect pour la justice et la liberté permettront aux générations actuellement en souffrance de laisser derrière elles, avec sérénité et après l’avoir vaincue, l’horreur du temps que nous vivons. D’ici là, ne fléchissez jamais, ne vous laissez jamais décourager, ne désespérez Jamais ». Comment ne pas rapprocher cet ultime discours du « N’ayez pas peur  »(3) de Jean Paul II ? Ce sont, à 25 ans d’intervalle, des paroles salvatrices promettant des jours meilleurs, proférées dans une foi absolue en la Providence.
C’est ici une surprenante filiation : le Patricien Winston Churchill et le Vicaire du Christ, Jean Paul II.  Cet article n’a pas pour but d’amalgamer la religion avec la politique mais de comparer deux figures emblématiques du conservatisme moderne.

« Ne cédez jamais au désespoir, mais, si cela devait vous arriver, luttez avec l'énergie du désespoir» Edmond Burke.

Les deux personnages partagent de nombreux points communs. Charismatiques et populaires, ce sont deux tribuns d’exception, souvent qualifiés par l’intelligentsia progressiste d’horribles conservateurs. Combattants acharnés du nazisme et du communisme, ils surent toujours trouver les mots justes pour garder intact l’espoir auprès de leur peuple respectif, qu’il s’agisse des Britanniques sous le Blitz ou des Polonais sous le communisme.
Ils restent des pourvoyeurs, devant l’Histoire, de liberté et de démocratie. Il y a chez eux un respect indéniable pour la « Vox populi ». Citons pour exemple la phrase  du Premier ministre « la démocratie est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres », que l’on peut rapprocher de la réflexion du Saint Père à un Pinochet à l’occasion de son voyage au Chili. Le dictateur interrogea le très Saint Père : « Pourquoi l’Église parle-t-elle sans cesse de démocratie ? Toutes les méthodes de gouvernement se valent. » Jean Paul II lui répondit : « Non, le peuple a le droit de jouir de ses libertés fondamentales, même s’il commet des erreurs dans l’exercice de celles-ci. » .(4)

Libérateurs des peuples asservis, ils eurent tous les deux de l’empathie pour le peuple juif. Churchill fut un des artisans de la « déclaration Balfour » et un partisan de la cause sioniste. Jean Paul II fut le pape de la réconciliation entre le catholicisme et la religion juive. Il y a, chez ces deux hommes, une fidélité inextinguible à la « Vieille Loi » par excellence : la Loi Mosaïque ! Ils sont à eux deux, des exemples d’un messianisme rédempteur inhérent au conservatisme : volonté de libérer les peuples de l’oppression, de l’esclavage, qu’il soit nazi ou communiste.

« Un discours Whig, sir », lance Melbourne, au Premier Ministre Canning à la fin de son premier discours à la Chambre des Communes. Ce dernier rétorque « Un discours Whig, avec des arguments Tory ! » (scène du film de Robert Bolt « lady Caroline Lamb »(5)).

1297057293.jpg On a souvent qualifié chacun de ces deux hommes de « libéral conservateur ». Et le terme libéral est à prendre au sens le plus large. John O’Sullivan dans son livre « the President, the Pope & the Prime Minister », à propos de la « Truce de 1968 »  écrit par l’évêque Wojtyla, résume la dialectique du futur Saint Père en parlant « de défense d’une doctrine traditionnelle par des arguments non traditionnels ». Et un Churchill a fait le saut plusieurs fois du parti  conservateur au parti libéral et inversement. Il fit partie dans ses premières années en politique des hooligans socio-conservateurs de la Chambre des Communes, des fidèles perpetuateurs de la politique « One Nation » de Benjamin Disraeli.(6)

Des whigs conservateurs ?

Churchill est issu d’une famille patricienne, avec comme figure patriarcale, John Churchill, duc de Marlborough. C’est cette vieille aristocratie, historiquement liée au pays, ce « grand chêne » dont parle le « barrister de Beaconsfield » Edmond Burke, ces patriciens qui, au XVIIIe siècle, incarnèrent, face au déficit de « droit divin » dû à la chute des Stuart et à l’avènement d’un Roi continental, la continuité de la tradition politique. C’est l’héritage de Churchill, qui est comme son ancêtre le Duc de Marlborough et Burke, un savant mélange oscillant entre libéralisme de raison, acceptable, parce que  se plaçant dans une logique rhétorique, et un conservatisme « tory » de tradition. Alfred Delp, cité par Benoît XVI dans son « Jésus de Nazareth », corrobore cette nécessité pour tout conservatisme de se rattacher à une croyance en un Dieu et en un respect fidèle de la Loi : « Le pain est important, la liberté est plus importante, mais la chose la plus importante de toutes, c’est la fidélité constante et l’adoration jamais trahie. » .(7) Fidélité et adoration à la « Vieille Loi » doivent être placées au-dessus de tout. C’est ce qui empêche le conservatisme libéral de dériver vers un conservatisme marxisant ou poreux. Il ne s’agit pas de « whiggisme », mais de liberté dans l’obéissance et la fidélité à la loi primordiale.

On pourra reconnaître cette même « fidélité et adoration », sur le pont arrière du HMS « Prince of Wales » en baie de Platentia, unissant quelque part, par une « Atlantica carta », en une « One Nation », un Royaume et des États unis. L’Histoire confirmera le paradigme, d’abord par la libération célébrée un 8 mai 1945, sur le balcon de Buckingham Palace, avec la famille royale et un Churchill en larmes entonnant, avec le peuple britannique, un « Land of Hope & Glory »(8) que l’on peut penser écrit en ce jour béni, pour un « Gesta Dei per Anglo » .(9) Moise mena le peuple élu en Terre Sainte, mais il lui fut interdit d’y rentrer. Churchill a dirigé le peuple britannique à la Victoire, et il ne fut pas réélu.

Le conservatisme churchillien fut prolongé sans succès par Eden et Mac Millan. Un échec à Suez pour le premier et une fin ridicule pour le second avec la scabreuse affaire Profumo. Ce conservatisme de la « One nation » fut remis en question par une Margaret Thatcher et un Keith Joseph. Selon eux, le Tory « one nation » par son goût exacerbé du dialogue et du consensus politique avait trahi la pensée originelle de la doctrine. La « Dame de Fer » ramena la doctrine à ces postulats de base. La méthodiste Thatcher a guidé courageusement son peuple dans des réformes drastiques et sans concession, fidèle aux traditions libérales et marchandes du pays. Thatcher ferme, non sans affrontements, les mines et privatise, non sans quelques sarcasmes d’un Mac Millan. Elle remet sur les rails l’économie britannique. Elle est revenue au postulat de base de la doctrine, la fidélité à la Règle. A ceci s’ajouta le succès incontestable de la campagne des Malouines, qui ressuscita le sentiment patriotique britannique. Sa politique illustre l’autre face du conservatisme, plus rigide certes, moins « socio-conservateur », attaché essentiellement à la liberté politique et économique.

Enfin Jean Paul II greffe à la nécessité de l’adoration et de la fidélité la liberté religieuse : « La Liberté religieuse pour chacun et pour toute la population doit être respectée par tous et partout ».(10) Cette position reste d’actualité. N’est-ce pas le fond de la controverse du Basileus Manuel Paléologue, que commenta Benoît XVI à Rastibonne ? L’adoration et la fidélité à Dieu et de sa Loi sont la base du conservatisme. Nous rejoignons ainsi sans surprise la base de la pensée d’un John Locke qui établissait la bonne entente de la société sur l’interdiction de tout athéisme et sur l’obéissance aux lois.

Onward Christian soldier !

Avons-nous compris la portée symbolique de la rencontre au large de Terre Neuve ?
N’y a-t-il pas là une promesse de réconciliation du Christianisme ? « Marins américains et britanniques entremêlés, utilisant les mêmes livres de prières. » Dans « l’Union Jack et de la Bannière Etoilée flottant côte à côte », je discerne une invitation à la réconciliation des deux Mondes.

Notre Prochain Evangile, au sens premier du terme !

N’y avait-il pas sur le HMS « Prince of Wales », « one nation », un seul peuple adorant fidèlement leur Dieu commun, une partie venue de l’ancien monde, l’autre du nouveau monde. Il y avait en ce jour « de grâce » d’août 1941, un seul Dieu, un seul peuple, une même foi, et un seul Monde ! « We believe in one god », « in god we trust », une seule tribu, unique et universelle. Le Concile de Nicée recommencé sur le pont arrière d’un navire, la constitution de Philadelphie de 1787 revivifiée : les Pères de l’Eglise rencontrant les Pères fondateurs. Voici notre héritage, notre « vieille loi », notre promesse. Platentia Bay et son ardente dévotion ne sont pas seulement un épisode de la deuxième guerre mondiale, mais un prologue synthétique et dynamique  de ce que sera le conservatisme au  XXIe  siècle. Alors ? Onwards Christians soldiers !

Jérôme L.J di Costanzo
 
 
1.  « Onward, Christian Soldiers »: parole de Sabine Baring Gould, musique St Gertrude, de Arthur S. Sullivan.
2.  Idem p330, « the second world war » tome III, p384 trad FR, II, 2, pp59-60.
3.  Premier mots de sa Sainteté Jean Paul II, sur le Balcon de la place St Pierre, tiré de l’Ecriture (Marc VI-45 - Mathieu XIV-17 - Jean VI-29, puis après la transfiguration, encore Mathieu XVII-7 et enfin Luc XII-32).
4.  (Entrevue du cardinal Angelo Sodano, 13 décembre 1996 cité dans Weigel, Georges, Jean Paul II, témoin de l’espérance, éd. J.-C. Lattés, 1999 p. 652.
5.  « The president, the pope & the prime minister » par John O’Sullivan (National Review, p12, « Indian summer of liberation »).
6.  Le conservatisme de ce dernier rompt avec le torysme «de Fer» incarné par un Duc de Wellington, c’est la doctrine de la « One Nation ». C’est dans la nouvelle politique, « Sybil or the Two Nations », de 1845, que  la « licorne des communes » décrit le Royaume-Uni comme « deux nations entre lesquelles il n’y a ni relation ni sympathie, qui sont aussi ignorantes des coutumes, des pensées et des sentiments l’une de l’autre comme si leurs habitants appartenaient à deux planètes différentes». Il parle bien entendu des « riches et des pauvres ».
7.  Jésus de Nazareth, benoît XVI  Ratzinger, p53, citant, le jésuite allemand exécuté par les nazis Alfred Delp.
8.  “Land of Hope & Glory”, compose par Edward Elgar sur un livret de A.C Benson.
9.  Churchill: François Bedarida, edition Fayart. P301 “l’heure la plus belle 1940-1941 »
10. Idem p 93, « discours du trentième anniversaire de la déclaration des droits de l’homme »

jeudi, 13 mars 2008

Revenir à Hartwell

Par Jérôme L.J di Costanzo

1049225037.jpgLes britanniques se plaisent à dire que Louis XVIII fut le plus Anglais des rois de France. En effet, lors de sa fuite de Paris le 20 juin 1791, il est fait état d’un certain Michael Foster, sujet britannique parlant français avec un fort accent anglais.

Les chemins de l’exil pour le frère du roi furent longs et sinueux, ils passèrent par l’Allemagne, l’Italie, la Lituanie et la Pologne, pour enfin trouver refuge en 1807 en Angleterre. D’abord à Gosfield Hall  puis, après la mort de Marie-Joséphine de Savoie en 1810, à Hartwell House, situé à une heure de voiture de Londres, accessible également par le train, à Marylebon. La demeure royale se trouve dans le Buckinghamshire, à Ailesbury à quelques kilomètres d’Oxford avec sa façade jacobetaine, plantée dans un grand parc dans un paysage, tout droit sorti d’une peinture de Gainsborough, avec une église et des écuries adjacentes converties aujourd’hui en Spa.

Hartwell est charnellement attaché à Louis XVIII. Dans Le comte de Monte Cristo, Dumas nomme le monarque l’ « Exilé d’Hartwell » , Victor Hugo dans Les Misérables écrit que « La table de sapin d’Hartwell prit place devant le fauteuil fleurdelisé de Louis XVIII » . C’est sur cette dernière, qu’il signa d’Hartwell la « Charte Constitutionnelle », assisté de Monseigneur de la Fare, évêque de Nancy.
Aujourd’hui c’est dans ce même salon que vous pouvez prendre le thé, servi dans les règles de l’art par un personnel attentif et fier du patrimoine français de leur établissement. Il m’a été rapporté que les propriétaires écumaient les antiquaires d’Angleterre et d’Europe afin de trouver mobilier et souvenirs de notre roi en exil et de sa famille.

C’est ainsi qu’à mon arrivée, je pus admirer un portrait de la duchesse de Savoie. Sa Majesté était soutenue par deux managers des lieux, arborant un sourire de chasseurs ramenant leur trophée. Les chambres ont gardé les noms de leurs illustres occupants : la suite du roi, la suite du Duc de Berry, ainsi que celle de la Duchesse d’Angoulême. Tout a été respecté et la mémoire anecdotique des lieux conservée pieusement. On apprend que la cour intérieure du dernier étage était à l’époque utilisée pour élever des cochons et de la volaille pour l’usage des cuisines de la cour. Car notre roi n’était pas riche, il recevait une rente de la part du gouvernement britannique et de la cour du Brésil, s’élevant environ à 600 000 francs. Avec cela, il devait subvenir à l’entretien de sa demeure, rémunérer son personnel, ses protégés et ses agents dans les différentes cours d’Europe. 
On peut se restaurer à Hartwell et se restaurer bien. Le restaurant propose une excellente « formule déjeuner » pour approximativement 15£ (vin non inclus). Vous serez servi dans la salle principale ou, si vous le désirez dans un salon privé, ou encore dans ce qui était la Chapelle Royale. La carte, en général, est d’un excellent rapport qualité prix, ceci pour les rescapés des « coups de matraque » du « Central London ». L’hôtel vous donne le choix entre différentes chambres ou suites à des prix à la portée de toutes les bourses. On peut opter pour une des formules « week end », un plus s’ajoutant au plaisir du repas. Le personnel très professionnel est là, pour être à l’écoute de votre moindre souhait, jusqu’à vous proposer de prendre votre café dans un des salons.

Venez à Hartwell House, on vous y attend, vous retrouverez la Cour de France. Si vous en doutez encore, lorsque vous y serez, allez dans ce que furent les appartements du roi pour contempler la bibliothèque ou par la fenêtre découvrir la campagne anglaise. Là, vous pourrez encore entendre comme un écho, la voix du Marquis de Mainsonfort s’exclamer à la nouvelle de la signature du traité de Paris : « Sire ! Vous êtes Roi de France » et Louis XVIII lui répondre : « Est-ce que je n’ai jamais cessé de l’être ? » .

   

Jérôme L.J di Costanzo 
 
 
1.Chapitre VI, le substitut du procureur du roi
2.Chapitre XVIII, recrudescence du droit divin.
3.Hartwell House Oxford road, near Aylesbury Buckinghamshire, HP17 SNL, tel : 01296 747444 Fax : 01296 747450 e-mail: info@hartwell-house.com  www.hartwell-house.com