mercredi, 06 août 2008
Discours de Soljenitsyne
Extraits du discours prononcé par Alexandre Soljénitsyne, prix Nobel de littérature(1970) à Harvard le 8 juin 1978. Il condamne alors les deux systèmes économiques -le communisme et le capitalisme. Il dénonce surtout la chute spirituelle de la civilisation.
"Je suis très sincèrement heureux de me trouver ici parmi vous, à l'occasion du 327ème anniversaire de la fondation de cette université si ancienne et si illustre. La devise de Harvard est « VERITAS ». La vérité est rarement douce à entendre ; elle est presque toujours amère. Mon discours d'aujourd'hui contient une part de vérité ; je vous l'apporte en ami, non en adversaire.
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mercredi, 25 juin 2008
La tribune du Prince Jean
On a beaucoup parlé de la famille récemment, après l’avoir longtemps négligée. C’est une question qui me préoccupe énormément, en tant que prince de France, car les familles font la richesse de ce pays. Or, qui ne voit que les transformations accélérées de notre société affectent d’une manière particulièrement spectaculaire les modes de vie et les comportements des couples, ainsi que la manière dont ils souhaitent, accueillent et accompagnent leurs enfants ?La famille demeure la cellule de base de la société, mais sa structure et ses objectifs connaissent de profonds bouleversements : familles décomposées et recomposées, pratique et statut juridique du mariage et du "pacs", baisse de la fécondité et vieillissement de la population, autant de facteurs qui interrogent le sociologue, l’économiste, le philosophe, le moraliste et, bien sûr, le religieux. Mais en quoi concerne-t-il le politique ?
En réalité, ce sont trois ordres de questions qui se posent. D’abord, le politique est-il fondé à s’occuper de la famille ? Quel peut être alors le contenu d’une politique familiale ? Enfin, que faire, comment agir pour l’avenir ?
Que la famille relève largement de la sphère privée est, à mes yeux, une évidence. Rien ne doit être retiré aux conjoints et aux parents de ce qui constitue leur responsabilité propre : l’Etat n’a pas à prendre en charge notre bonheur. Mais l’application du principe de subsidiarité doit se faire avec discernement. La fonction de l’Etat est d’assurer la possibilité du bonheur ou, très concrètement, du bien-être des personnes et des collectivités.
Gouverner, c’est prévoir. Il revient à l’Etat de se préoccuper de l’équilibre économique et social à venir, non dans ses modalités pratiques, mais dans ses fondamentaux. Parmi eux, un élément prépondérant : l’équilibre démographique. Une démographie anémique a des conséquences aussi graves qu’une démographie explosive. Or, la France connaît un déclin démographique largement lié à la baisse de la fécondité qui, depuis 1975, reste au-dessous du seuil de remplacement des générations.
Quel contenu est possible pour une politique familiale ? L’expérience montre que l’outil le plus efficace demeure l’allocation familiale. Reste à savoir comment elle est attribuée. On a vu peu à peu son sens profond dénaturé : on en a fait un simple instrument de redistribution sociale en la cantonnant aux revenus les plus faibles, sans voir l’effet pervers de cette mesure d’apparente équité sociale.
S’il est une idée à laquelle je suis attaché, c’est que l’équilibre d’une société passe par le développement d’une classe moyenne nombreuse et dynamique, apte à aspirer à elle les catégories les plus défavorisées tout en assurant le renouvellement des élites. C’est elle qui doit être le plus incitée à avoir de nombreux enfants, car elle est en mesure à la fois de garantir leur avenir et de leur transmettre le sens de l’effort. Au lieu de cela, la politique familiale a connu une érosion progressive, portée par un individualisme hédoniste et un féminisme étrangement oublieux de son objet, imposés à la société par le pouvoir médiatique. Pressée de toutes parts, la classe moyenne a fini par abdiquer toute ambition d’avenir familial.
Alors, que faire ? Comment aujourd’hui préserver l’avenir de la famille si radicalement inséparable de celui de la société ?
Je suis convaincu que nous devons, sans plus attendre et avec détermination, renforcer durablement les piliers affaiblis des politiques familiales traditionnelles : allocations familiales, quotient familial, ainsi que les instruments annexes tels que les réductions dans les transports publics. Ce qui implique d’abord qu’on les réhabilite dans leur rôle d’incitation au développement de la famille dans toutes les catégories de population.
Mais il faut aller plus loin, en créant un pilier supplémentaire : il est urgent de mettre en place un dispositif efficace d’aide aux femmes qui souhaitent à la fois travailler et élever leurs enfants. Des propositions en ce sens existent : elles vont dans le sens d’une meilleure conciliation entre une activité extérieure et la charge des enfants, notamment par la création d’assistantes familiales ; elles envisagent aussi une juste rémunération pour la mère de famille qui se consacre à ses enfants.
Je suis parfaitement conscient que ces constats et ces mesures vont à contre-courant de la politique, ou plutôt de l’absence de politique, actuellement pratiquée. Je sais aussi qu’on me dira que nos voisins européens ne font pas mieux que nous : cela ne me rassure en rien. J’affirme simplement, posément, mais à voix haute et claire, que ces propositions sont, pour la France, non seulement essentielles, mais d’une urgence vitale.
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mercredi, 16 avril 2008
Darfour, « la pauvreté, le désespoir et la mort » : le Vatican n’a pas gardé le silence.
«Dieu est toujours dans le camp de ceux qui souffrent.», Jean-Paul II.
Le 26 juillet 2004, de Castel Gandolfo, Jean-Paul II avait déjà dénoncé la violence sévissant au Darfour, stigmatisant dans son discours « la pauvreté, le désespoir et la mort » régnant dans cette partie du monde . Il avait dépêché à l’époque Mgr Cordes, président du Conseil pontifical Cor unum, dans l’Ouest du Soudan pour visiter le camp de réfugiés Nyala et pour rencontrer les responsables locaux. Cela, trois ans avant la mission Williams. Depuis, sans relâche, le Saint Siège a exhorté les nations à réagir sur le Darfour. Le Vatican n’a pas gardé le silence.Comment aurait-il pu le garder ? Alors qu’il avait été témoin depuis plus de quinze ans, depuis l’arrivée au pouvoir des gens d’Omar El Bechir à Khartoum, de l’industrie de mort œuvrant dans le Sud Soudan envers les populations animistes et chrétiennes. 3 500 000 morts, une guerre civile ? Non, l’asservissement et le meurtre d’une population, après un traité de paix resté sans effet. Un Comprehensive Peace Agreement a été signé le 9 janvier 2005, dont l'article 1 de la nouvelle Constitution soudanaise déclarait en ces termes : « Le Soudan est une nation accueillante, où races et cultures cohabitent, et où les religions sont réconciliées ». Il n’y a pas eu d’amélioration. John Garang, leader de la rébellion du Sud et alter ego africain du Commandant Massoud, meurt trois semaines après la signature de l’accort, dans un brutal accident d’hélicoptère.
Les violences n’ont pas diminué au Sud Soudan : politique de terreur menée par des milices progouvernementales, mise en esclavage - au sens propre - de populations, et camps de réfugiés au Nord de l’Ouganda. Le Darfour n’est que la répétition cynique des crimes du Sud, et cela avec une logique morbide similaire, une ONU paralysée par sa propre procédure. L'Ouest et Sud du Soudan sont transformés en zone de non-droit international, où règne le massacre, où s’étendent des cohortes de désespérés allant chercher refuge derrière une frontière qui se voudrait salvatrice, mais qui est en réalité un camp de réfugiés avec « la pauvreté, le désespoir et la mort ».
Il faut aussi souligner, outre « les crimes de guerre », les offenses de plus en plus inquiétantes des gens d’Omar El Béchir envers les liberté fondamentales religieuses. Pour l’année 2005, le réquisitoire est accablant et nous fait constater, encore une fois, la nature brutale et systématique des exactions des maîtres de Khartoum. Les responsables des Eglises ont observé une dégradation : expropriation, voire démolitions, pour raisons administratives, des propriétés de l’Eglises, intimidation et arrestation arbitraire de responsables de l’Eglise par des « agents du gouvernement en civil ». Police secrète, arrestation d’ecclésiastiques, cela nous rappelle la Pologne de Jaruzelski ! Ce n’est plus du communisme mais l’Islamisme en marche. Nous sommes ici ni à l’ouest, ni au sud mais au cœur du pays, dans sa capitale ! Où régnera bientôt « la pauvreté, le désespoir et la mort », malgré les fortunes en diamants des gens d’El Béchir.Le Vatican n’a pas gardé pas le silence. Depuis plus de quinze ans, il alerte la communauté internationale sur la dérive brutale du régime autoritaire de Khartoum. Nous avons déployé beaucoup d’énergie à vouloir « Sauver le Darfour », malgré encore quelques hypocrisies dues à une diplomatie internationale se voulant « apaisante », nous avons avancé : on ne peut plus ignorer la réelle nature du pouvoir central soudanais. Reste aujourd’hui, à passer à l’action, un morbide compteur tourne au Darfour, et il n’est pas sur le point de s’arrêter. Il serait naïf de croire, qu’une diplomatie, même résolue, pourrait par elle-même résoudre le problème. C’est par l’effort combiné des gouvernements, des ONG, des diplomaties, de l’Eglise catholique, et des autres autorités religieuses du Soudan, mais aussi de toute les forces démocratiques soudanaises, oeuvrant pour la paix et la justice, que nous arriverons à mettre un terme au règne de « la pauvreté, du désespoir, et de la mort » au Soudan, et ainsi porter un coup d’arrêt décisif aux volontés impérialistes des Islamistes en Afrique.
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mercredi, 09 avril 2008
Lisbonne ou la damnation de l’Europe
On a tout fait pour dissimuler ou faire passer comme anodine la signature du Traité. Un vrai tir de barrage médiatique de crainte de déclancher une polémique autour d’une constitution refusée voici deux ans par voie de référendum, par le peuple français.Il y eu le voyage de Nicolas Sarkozy en Algérie et l’affaire autour d’Enrico Macias. Puis on reçut dans le plus grand concert médiatique, en harmonie paradoxale avec une cacophonie de Boulez, le Colonel Kadhafi. Toutes les trompettes et les alarmes sonnèrent du Palais-Bourbon au Café de Flore : les ministres d’Etat tels des égarés ou échappés d’un asile, se mettant à « divaguer» pour ensuite s’excuser au premier rappel à l’ordre de l’Elysée. Un « Up side down » complet, où l’on alla jusqu’à entendre notre brutal bédouin de Cyrénaïque nous donner des leçons d’Humanisme!
On crut que Paris fut pris de folie !
Enfin, juste après le départ de notre hôte, ce fut l’happy Ending, pas le temps de reprendre son haleine. Pour clore cette semaine chaotique, une fin à « l’Américaine » dans un parc d’attractions de l’Est parisien, une sortie en famille pour aller voir la Parade de Noël. Incognito avec 40 journalistes en rangs serrés devant des tourtereaux de « papier glacé ». Apparaissant comme sortis d’un Empire d’opérette, c’était bien là Badinguet au bras de la Castiglione!
Le traité de Lisbonne ou pour les tatillons bruxellois, « le Traité modifiant le traité sur l’Union européenne et le traité instituant la Communauté européenne » a été ratifié le 13 décembre dernier aux termes d’une conférence intergouvernementale européenne.
Ce fut le sommet où les Européens démissionnèrent de l’Histoire.
La conférence Europe- Afrique
En préliminaire, le sommet tragicomique « Europe Afrique », ou la débâcle constatée de l’Europe en Afrique. La conférence commença ainsi dans la plus grande hypocrisie, et furent accueillis des scélérats notoires comme Mohamad Kadhafi et Robert Mugabe, faisant fi des interdictions de séjour et autres mandats d’arrêt.
Il ne fut pas question du Darfour. Il peut bien attendre que diplomatie se fasse. Et l’on s’inquiéta de l’avancée des Chinois sur le continent, dans une magistrale tartufferie aux accents teintés de cynisme.
« L’Afrique n’a que les dictateurs et la misère qu’elle mérite ». Voici le premier postulat humaniste de Lisbonne.
Une Union méditerranéenne ?
L’Union méditerranéenne est la prochaine des « abstractions dévastatrices », de Bruxelles. Entre Union Européenne et Union Africaine, un second cercle en périphérie, zone tampon, se voulant être le lien entre Orient et Occident et entre Nord et Sud, en ostracisant Israël si on écoute Kadhafi. Ainsi le Ghetto rejoindrait la « dimmitude ». Et par souci de symétrie, en voulant un Etat d’Israël au Moyen Orient et un Etat musulman en Europe, on ne s’opposera pas à l’indépendance du Kosovo.Si une Union Méditerranéenne est dans l’absolu une idée bien exaltante, il faut regarder la réalité en face et être conscient des logiques régissant la zone. La création ex nihilo de l’Etat du Kosovo et de sa probable annexion par l’Albanie provoquera dans une région, encore bien sensible, une nouvelle déstabilisation qui pourrait se traduire par un embrasement allant de Trieste à Constantinople. Sans parler qu’avec le projet d’un Kosovo indépendant, et d’une Serbie encore une fois démembrée, qu’en serait de nos relations avec la Russie? Sans cette dernière, l’Europe est hémiplégique ! il n’y aurait ainsi plus de centre, si ce n’est que d’intérêt.
Si l’on voit l’indépendance du Kosovo, comme une des conditions primordiales et ciné qua non à toute union meditéraneenne, il faut aussi admettre que ce projet pourrait bien aliéner toute tentative de construction de cette dernière. C’est un projet géopolitique ambitieusement absurde!
De la pure technique, un vide moral,
Le projet constitution signé le 13 décembre, que l’on nous présente comme un traité simplifié, c’est-à-dire moins de textes et plus d’annexes si je maîtrise bien l’art de comprendre les euphémismes bruxellois. Refusé par la France et le Danemark, le traité initial avait été retiré, et par quelque passe incantatoire les prestidigitateurs technocrates nous le ressortent de leur chapeau, à peine revu juste « simplifié ». Une Charte du fondamentalisme technocratique, un superbe meccano pour ministre en retraite!
Le premier projet de constitution avait échoué par son manque de démocratie et sa démesure technocratique. Il y avait dans le « non » une réelle aspiration à une Europe affirmant ses valeurs universelles millénaires judéo-chrétiennes. On pouvait comprendre dans le « non » une volonté populaire de participer à la construction Européenne et d’aspirer légitimement à être « maître de son destin ». Il y avait dans le « non » un espoir citoyen.
Les Commissaires et chefs d ‘état ne l’ont pas compris ainsi et par un acte de violence politique inouïe, et un sourire goguenard au coin des lèvres, ils ont signé le projet de constitution.Ainsi, et de leur propre chef, nous aurons un président élu pour deux ans, une diplomatie plus ou moins harmonieuse. Au comble de l’absurdité, sans la définition des limites géographiques et culturelles de la « Bête », il y a aussi un volet sécuritaire, par l’harmonisation des polices et des justices. On voudrait que les peuples s’exaltent pour la construction européenne en leur faisant admettre le fait accompli, une constitution technocratique sans Ame « pure sucre ».
Moins de souveraineté et néant idéologique, colportant d’insipides valeurs, agitant de grands mots sans réalité concrète, « comme le droit à la dignité ». L’Europe ne sera que pure technique, de l’académisme politique, de l’abstraction parfaite, la négation de toute morale ou valeur historique, de la folie furieuse pouvant devenir autodestructrice.
On veut l’Union Africaine, et en abandonnant le continent aux tyrans, à la famine et aux épidémies, le transformant en un maelström de la misère humaine. Où sont les valeurs ? Absentes, nous avons démissionné.
Nous voulons faire une Union Méditerranéenne en excluant Israël et en créant le Kosovo ce qui nous apportera des conflits interethniques au lieu de maintenir un status quo.
La guerre civile, des Balkans jusqu'à la Corne de l’Afrique, voilà le cauchemar de Lisbonne et la damnation de notre civilisation !
Nous avons fait commerce de notre âme avec nos vieux démons, nous avons renoncé à notre génie et construit ainsi une Europe sur la négation de nos propres valeurs millénaires et Saintes.
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lundi, 07 avril 2008
Darfour : L’Onu doit appliquer ses résolutions !
Le 3 mars dernier, un soldat français de l’Eufor a fait le sacrifice de sa vie afin de garantir le succès de sa mission. Devant ce drame, Il est légitime de s’interroger sur la nature exacte de sa mission et si dans ce contexte bien précis, il n’y a pas détournement de sa vocation première?Depuis quelques semaines, on a du mal à comprendre si l’Eufor a pour mission, comme cela a été fixé au terme de la conférence de Paris, de s’interposer entre l’armée soudanaise et la rébellion du Darfour, pour sécuriser les populations civiles ou pour défendre le gouvernement Deby contre une rébellion armée ? Cet accrochage avec des forces régulières soudanaises et la mort d’un adjudant souligne une ambiguïté sur la réelle destination de la force armée internationale.
Parce qu’un un déploiement de l’Eufor devient urgent. Le Conseil de Sécurité a fait part de ses inquiétudes le 12 mars. Ces derniers mois, les combats entre le JEM et l’armée soudanaise soutenue par des milices, ont redoublé d’intensité. Treize mille personnes désespérées ont passé la frontière du Tchad afin d’y trouver un refuge deux cents d’entre eux y ont perdu la vie. Dans le Djebel Moon, pris au piége, entre offensive gouvernementale et contre-offensive des rebelles, vingt mille civils, sont coupés, de ce fait, de toute aide humanitaire. Il y a là, devant la dégradation de la situation de dizaines de milliers de vies humaines, une urgence réelle. Cette situation n’est plus sous contrôle, et l’ignominie de la guerre est à l’œuvre, implacable dans une logique meurtrière.
Rappelons que les populations civiles du Darfour sont dispersées en deux cents villages-camps de réfugiés, ces derniers faisant l’objet de bombardements réguliers de la part de l’aviation soudanaise. Quatre-vingt « ONG » y sont à l’oeuvre, essayant de faire face, en dépit des menaces quotidiennes, à une demande toujours croissante. Plus de deux millions de réfugiés au total, soit l’équivalent de la population du Kosovo, où il a été possible d’envoyer une force d’interpositions de l’ONU, cela en dépit des tensions avec la grande puissance qu’est la Russie , mettant ainsi la Province sous une administration Onusienne. Pourquoi, ce qui a été fait pour le Kosovo ne serait pas valable pour le Darfour ? Rappelons aussi que le Darfour a été rattaché que tardivement à l’administration Anglo-Egyptienne de Khartoum durant la première guerre mondiale. Il ne s ‘agit pas, à la différence du Kosovo d’une province historique du Soudan. Alors pourquoi l’Eufor tarde-t-elle à se déployer ? Sans force d’interpositions, toute tentative d’améliorer le quotidien des Darfouris est condamné à l’échec.
Au fur et à mesure que l’Eufor tarde à intervenir, nous nous rapprochons inexorablement d’un point de rupture. Rappelons les inquiétudes récentes du chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Jean Marie Guéhenno, qui a alerté le Conseil de Sécurité du risque d’ « humiliation » pour l’ONU, si l’Eufor et ses vingt-six mille hommes, prévus, ne se déployait pas à temps. Il y a là,selon lui, le « risque d’un échec » : « il nous manque » selon M. Guéhenno des capacités absolument cruciales pour le succès de la mission » comme le transport terrestre: 18 hélicoptères de transport et 6 hélicoptères d’attaques. Sans mobilité et vu le territoire à couvrir, la force serait condamné à l’inertie et la mission à l'échec. M. Guéhenno fait aussi état des réticences et de silences complices de certains états sans les nommer. Constatant un décalage entre les paroles et les actes à propos du Darfour, il juge que "la volonté des Etats de prendre des risques n'est pas encore confirmée"déclare-t-il.
Avons-nous là les prémices d’une démission Onusienne face à la catastrophe du Darfour ?
Enfin, le Chef des opérations de l’ONU émet des doutes sur la volonté de résoudre le problème du gouvernement de Khartoum, qui de fin de non-recevoir en marchandage ralentit substantiellement le déploiement de la force : « Le gouvernement soudanais ne nous a dit ni oui, ni non", souligne M. Guéhenno, affirmant que ces tergiversations "risquent de compromettre la possibilité pour ces unités de se déployer dès le début de la mission", (sources AFP)
Faut-il vraiment attendre une bienveillance de Khartoum pour le Darfour ? Sachant qu’il s’agit d’un gouvernement notoirement connu pour sa brutalité, qui a conquis sa légitimité par la force et les massacres, nous en doutons. Nous connaissons la nature réelle du régime El Béchir, il nous a donné des exemples de brutalité lors de son conflit, avec les populations chrétiennes et animistes du Sud : trois millions de morts civils en dix ans. Doit-on attendre alors son avis pour réagir sur le Darfour ? La Province n’est pas à historiquement parlé une partie du Soudan!
Nous devons garder en mémoire l’exemple de l’ex-Yougoslavie, ou une coalition déterminée des démocraties a mis fin aux exactions d’un Milosevic. Afin d’empêcher toute prérogative du Soudan sur sa Province et devant l’envergure de la catastrophe humanitaire présente et annoncée, l’ONU doit mettre le Darfour, comme il l’a fait au Kosovo, sous administration internationale et déployer sans plus tarder la force de l’Eufor.
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mercredi, 19 mars 2008
LE PATRICIEN ET LE SUCCESSEUR DE SAINT PIERRE : CHURCHILL ET JEAN-PAUL II
With the cross of Jesus going on before.
Christ, the royal Master, leads against the foe;
Forward into battle see His banners go!”(1)
Le 12 août 1941, à la demande de Winston Churchill, fut intégré dans la cérémonie clôturant la signature de la « Charte Atlantique », en baie de Platentia, l’hymne religieux « Onward, Christian Soldiers ». Dans son livre « the second world war », il témoignera, non sans émotion, de l’égrégore solennel régnant ce jour-là au large de Terre-Neuve : « Aucun des participants n’oubliera jamais le spectacle de cette assemblée massée sur le pont arrière du « Prince of wales ». La symbolique de l’Union Jack et de la Bannière Etoilée flottant côte à côte, les chapelains britanniques et Américains se relayant pour réciter les prières, les rangs serrés des marins américains et britanniques entremêlés, utilisant les mêmes livres de prières, prononçant les mêmes implorations, chantant les mêmes hymnes familiers » .(2)Scellant une alliance, jusqu’à présent quasi indéfectible entre les Etats-unis et le Royaume-Uni, cette « Atlantica Carta » est un Credo prophétique qui nous annonce, déjà dans ses grands traits, l’Otan, la volonté de libéralisation des marchés, le désarmement, et aussi l’arrivée d’un Président Reagan et d’une Margaret Thatcher. En ce jour d’août 1941, ce partage de valeurs communes, cet œcuménisme politique annoncent d’ores et déjà un Jean-Paul II. Le 1er mars 1955, lors de son dernier discours à la Chambre des Communes, le sauveur de 1940, devenu le prophète de la guerre froide, conclut sa carrière politique par ces mots: « Peut être le jour viendra-t-il où la loyauté, l’amour du prochain, le respect pour la justice et la liberté permettront aux générations actuellement en souffrance de laisser derrière elles, avec sérénité et après l’avoir vaincue, l’horreur du temps que nous vivons. D’ici là, ne fléchissez jamais, ne vous laissez jamais décourager, ne désespérez Jamais ». Comment ne pas rapprocher cet ultime discours du « N’ayez pas peur »(3) de Jean Paul II ? Ce sont, à 25 ans d’intervalle, des paroles salvatrices promettant des jours meilleurs, proférées dans une foi absolue en la Providence.
C’est ici une surprenante filiation : le Patricien Winston Churchill et le Vicaire du Christ, Jean Paul II. Cet article n’a pas pour but d’amalgamer la religion avec la politique mais de comparer deux figures emblématiques du conservatisme moderne.
« Ne cédez jamais au désespoir, mais, si cela devait vous arriver, luttez avec l'énergie du désespoir» Edmond Burke.
Les deux personnages partagent de nombreux points communs. Charismatiques et populaires, ce sont deux tribuns d’exception, souvent qualifiés par l’intelligentsia progressiste d’horribles conservateurs. Combattants acharnés du nazisme et du communisme, ils surent toujours trouver les mots justes pour garder intact l’espoir auprès de leur peuple respectif, qu’il s’agisse des Britanniques sous le Blitz ou des Polonais sous le communisme.
Ils restent des pourvoyeurs, devant l’Histoire, de liberté et de démocratie. Il y a chez eux un respect indéniable pour la « Vox populi ». Citons pour exemple la phrase du Premier ministre « la démocratie est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres », que l’on peut rapprocher de la réflexion du Saint Père à un Pinochet à l’occasion de son voyage au Chili. Le dictateur interrogea le très Saint Père : « Pourquoi l’Église parle-t-elle sans cesse de démocratie ? Toutes les méthodes de gouvernement se valent. » Jean Paul II lui répondit : « Non, le peuple a le droit de jouir de ses libertés fondamentales, même s’il commet des erreurs dans l’exercice de celles-ci. » .(4)
Libérateurs des peuples asservis, ils eurent tous les deux de l’empathie pour le peuple juif. Churchill fut un des artisans de la « déclaration Balfour » et un partisan de la cause sioniste. Jean Paul II fut le pape de la réconciliation entre le catholicisme et la religion juive. Il y a, chez ces deux hommes, une fidélité inextinguible à la « Vieille Loi » par excellence : la Loi Mosaïque ! Ils sont à eux deux, des exemples d’un messianisme rédempteur inhérent au conservatisme : volonté de libérer les peuples de l’oppression, de l’esclavage, qu’il soit nazi ou communiste.
« Un discours Whig, sir », lance Melbourne, au Premier Ministre Canning à la fin de son premier discours à la Chambre des Communes. Ce dernier rétorque « Un discours Whig, avec des arguments Tory ! » (scène du film de Robert Bolt « lady Caroline Lamb »(5)).
On a souvent qualifié chacun de ces deux hommes de « libéral conservateur ». Et le terme libéral est à prendre au sens le plus large. John O’Sullivan dans son livre « the President, the Pope & the Prime Minister », à propos de la « Truce de 1968 » écrit par l’évêque Wojtyla, résume la dialectique du futur Saint Père en parlant « de défense d’une doctrine traditionnelle par des arguments non traditionnels ». Et un Churchill a fait le saut plusieurs fois du parti conservateur au parti libéral et inversement. Il fit partie dans ses premières années en politique des hooligans socio-conservateurs de la Chambre des Communes, des fidèles perpetuateurs de la politique « One Nation » de Benjamin Disraeli.(6)Des whigs conservateurs ?
Churchill est issu d’une famille patricienne, avec comme figure patriarcale, John Churchill, duc de Marlborough. C’est cette vieille aristocratie, historiquement liée au pays, ce « grand chêne » dont parle le « barrister de Beaconsfield » Edmond Burke, ces patriciens qui, au XVIIIe siècle, incarnèrent, face au déficit de « droit divin » dû à la chute des Stuart et à l’avènement d’un Roi continental, la continuité de la tradition politique. C’est l’héritage de Churchill, qui est comme son ancêtre le Duc de Marlborough et Burke, un savant mélange oscillant entre libéralisme de raison, acceptable, parce que se plaçant dans une logique rhétorique, et un conservatisme « tory » de tradition. Alfred Delp, cité par Benoît XVI dans son « Jésus de Nazareth », corrobore cette nécessité pour tout conservatisme de se rattacher à une croyance en un Dieu et en un respect fidèle de la Loi : « Le pain est important, la liberté est plus importante, mais la chose la plus importante de toutes, c’est la fidélité constante et l’adoration jamais trahie. » .(7) Fidélité et adoration à la « Vieille Loi » doivent être placées au-dessus de tout. C’est ce qui empêche le conservatisme libéral de dériver vers un conservatisme marxisant ou poreux. Il ne s’agit pas de « whiggisme », mais de liberté dans l’obéissance et la fidélité à la loi primordiale.
On pourra reconnaître cette même « fidélité et adoration », sur le pont arrière du HMS « Prince of Wales » en baie de Platentia, unissant quelque part, par une « Atlantica carta », en une « One Nation », un Royaume et des États unis. L’Histoire confirmera le paradigme, d’abord par la libération célébrée un 8 mai 1945, sur le balcon de Buckingham Palace, avec la famille royale et un Churchill en larmes entonnant, avec le peuple britannique, un « Land of Hope & Glory »(8) que l’on peut penser écrit en ce jour béni, pour un « Gesta Dei per Anglo » .(9) Moise mena le peuple élu en Terre Sainte, mais il lui fut interdit d’y rentrer. Churchill a dirigé le peuple britannique à la Victoire, et il ne fut pas réélu.
Le conservatisme churchillien fut prolongé sans succès par Eden et Mac Millan. Un échec à Suez pour le premier et une fin ridicule pour le second avec la scabreuse affaire Profumo. Ce conservatisme de la « One nation » fut remis en question par une Margaret Thatcher et un Keith Joseph. Selon eux, le Tory « one nation » par son goût exacerbé du dialogue et du consensus politique avait trahi la pensée originelle de la doctrine. La « Dame de Fer » ramena la doctrine à ces postulats de base. La méthodiste Thatcher a guidé courageusement son peuple dans des réformes drastiques et sans concession, fidèle aux traditions libérales et marchandes du pays. Thatcher ferme, non sans affrontements, les mines et privatise, non sans quelques sarcasmes d’un Mac Millan. Elle remet sur les rails l’économie britannique. Elle est revenue au postulat de base de la doctrine, la fidélité à la Règle. A ceci s’ajouta le succès incontestable de la campagne des Malouines, qui ressuscita le sentiment patriotique britannique. Sa politique illustre l’autre face du conservatisme, plus rigide certes, moins « socio-conservateur », attaché essentiellement à la liberté politique et économique.
Enfin Jean Paul II greffe à la nécessité de l’adoration et de la fidélité la liberté religieuse : « La Liberté religieuse pour chacun et pour toute la population doit être respectée par tous et partout ».(10) Cette position reste d’actualité. N’est-ce pas le fond de la controverse du Basileus Manuel Paléologue, que commenta Benoît XVI à Rastibonne ? L’adoration et la fidélité à Dieu et de sa Loi sont la base du conservatisme. Nous rejoignons ainsi sans surprise la base de la pensée d’un John Locke qui établissait la bonne entente de la société sur l’interdiction de tout athéisme et sur l’obéissance aux lois.
Onward Christian soldier !
Avons-nous compris la portée symbolique de la rencontre au large de Terre Neuve ?
N’y a-t-il pas là une promesse de réconciliation du Christianisme ? « Marins américains et britanniques entremêlés, utilisant les mêmes livres de prières. » Dans « l’Union Jack et de la Bannière Etoilée flottant côte à côte », je discerne une invitation à la réconciliation des deux Mondes.
Notre Prochain Evangile, au sens premier du terme !
N’y avait-il pas sur le HMS « Prince of Wales », « one nation », un seul peuple adorant fidèlement leur Dieu commun, une partie venue de l’ancien monde, l’autre du nouveau monde. Il y avait en ce jour « de grâce » d’août 1941, un seul Dieu, un seul peuple, une même foi, et un seul Monde ! « We believe in one god », « in god we trust », une seule tribu, unique et universelle. Le Concile de Nicée recommencé sur le pont arrière d’un navire, la constitution de Philadelphie de 1787 revivifiée : les Pères de l’Eglise rencontrant les Pères fondateurs. Voici notre héritage, notre « vieille loi », notre promesse. Platentia Bay et son ardente dévotion ne sont pas seulement un épisode de la deuxième guerre mondiale, mais un prologue synthétique et dynamique de ce que sera le conservatisme au XXIe siècle. Alors ? Onwards Christians soldiers !
2. Idem p330, « the second world war » tome III, p384 trad FR, II, 2, pp59-60.
3. Premier mots de sa Sainteté Jean Paul II, sur le Balcon de la place St Pierre, tiré de l’Ecriture (Marc VI-45 - Mathieu XIV-17 - Jean VI-29, puis après la transfiguration, encore Mathieu XVII-7 et enfin Luc XII-32).
4. (Entrevue du cardinal Angelo Sodano, 13 décembre 1996 cité dans Weigel, Georges, Jean Paul II, témoin de l’espérance, éd. J.-C. Lattés, 1999 p. 652.
5. « The president, the pope & the prime minister » par John O’Sullivan (National Review, p12, « Indian summer of liberation »).
6. Le conservatisme de ce dernier rompt avec le torysme «de Fer» incarné par un Duc de Wellington, c’est la doctrine de la « One Nation ». C’est dans la nouvelle politique, « Sybil or the Two Nations », de 1845, que la « licorne des communes » décrit le Royaume-Uni comme « deux nations entre lesquelles il n’y a ni relation ni sympathie, qui sont aussi ignorantes des coutumes, des pensées et des sentiments l’une de l’autre comme si leurs habitants appartenaient à deux planètes différentes». Il parle bien entendu des « riches et des pauvres ».
7. Jésus de Nazareth, benoît XVI Ratzinger, p53, citant, le jésuite allemand exécuté par les nazis Alfred Delp.
8. “Land of Hope & Glory”, compose par Edward Elgar sur un livret de A.C Benson.
9. Churchill: François Bedarida, edition Fayart. P301 “l’heure la plus belle 1940-1941 »
10. Idem p 93, « discours du trentième anniversaire de la déclaration des droits de l’homme »
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mercredi, 05 mars 2008
Chantons "Nini peau de chien" !
Je vous invite à lire cette tribune publiée sur le site Marianne2.
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samedi, 01 mars 2008
Eglise et repentance : l'impossible rencontre
Si pour notre époque la confession « personnelle et auriculaire » paraît un accessoire parfaitement risible et démodé, son succédané public a pris sous le nom de repentance une extension presque universelle. Selon un calendrier bien réglé, l’évocation des martyrs de causes choisies – esclavage, colonisation, exploitation, oppression, génocides, à l’exclusion des Chouans et autres Cristeros – permet aux politiques de se livrer à des exercices codifiés d’auto flagellation ; le bénéfice moral en est assuré pour l’orateur et le dommage nul, car les fautes et les crimes qu’il confesse publiquement appartiennent à des « hommes du passé » dont il s’empresse d’ajouter qu’il les stigmatise et les rejette. Après ces beaux et courageux exemples, chacun est invité comme l’âne de la fable à comparaître et à s’accuser, non (pas si bête) de ses propres fautes, ce qui aurait une certaine grandeur, mais de celles de sa civilisation, de sa nation, de son Etat, de son parti, de sa famille. Toutes les appartenances deviennent source d’une culpabilité envahissante, insensée, qui sert aussi à recouvrir d’une cendre hypocrite des fautes plus personnelles et actuelles.Mais l’Eglise ? Elle pour qui la faute et le pardon se rencontrent précisément dans le Confiteor, qui a fait de la pénitence et du repentir de saints devoirs, pourquoi ne la trouve-t-on pas au premier rang de la procession, pourquoi ne clame-t-elle pas elle aussi par la bouche du pape son peccavi ià la face d’un monde où avouer les fautes - des autres surtout - vaut absolution ? L’« esprit de Vatican II », la rupture qu’il a voulu introduire dans la Tradition devaient pourtant la conduire à une kyrielle d’aveux et de demandes de pardon pour les crimes de l’inquisition, le massacre des Albigeois, les Croisades, la Saint-Barthélemy, l’affaire Galilée, les rigueurs de l’ordre moral et surtout l’anti-judaïsme annonciateur du coupable silence de Pie XII face à la Shoah. Une meute de journalistes, dont au premier chef le triste Henri Tincq officiant au Monde, curieusement abusée par ses propres désirs et confortée par des informateurs issus, nous révèle Michel De Jaeghere, de la frange bavarde, dite progressiste du clergé, a poursuivi cette repentance générale, aussi imminente selon elle que nécessaire, comme son propre bien, presque son œuvre que le pape était sommé de parfaire. Certains la présentèrent même à leurs lecteurs, par un trucage éhonté digne de la propagandastaffel, comme chose faite, afin d’obliger l’Eglise à préférer passer aux aveux plutôt que d’avoir à produire de pénibles démentis.
Or, insiste M. De Jaeghere, pour son honneur et à leur grande déception, il n’en fut jamais rien. Certes des épiscopats nationaux, parmi lesquels s’est distingué celui de France proclamant, dans une déclaration scandaleuse faite à Drancy le 30 septembre 1997, la culpabilité de son Eglise dans la déportation des Juifs, ont voulu amener le Souverain Pontife, même au mépris de l’histoire et de la simple vraisemblance, à emprunter avec eux cette grande voie pavée de bonnes intentions au terme de laquelle brillerait un nouveau printemps (encore un) pour l’Eglise enfin réconciliée avec le monde et purgée de sa légende noire. Jean-Paul II il est vrai, à l’occasion du grand Jubilé de l’an 2000, semble aller dans leur sens en réclamant une grande purification générale de l’Eglise à son entrée dans le troisième millénaire. Mais ce que ne comprennent pas au fond les journalistes qui croient tenir enfin « leur » repentance, et que feignent de ne pas comprendre les prélats « engagés », c’est qu’une telle démarche est impossible au pape si elle accuse l’Eglise en tant que corps mystique et porteuse des promesses du Christ. Elle ne peut pas plus avoir de sens, rappelle ce même pape, à l’égard des fautes commises par les membres pécheurs de ce corps, même si ces fautes sont clairement identifiées et attribuées, comme dans le cas du sac de Byzance par les Croisés. En effet, l’ère de la Nouvelle Alliance n’est pas celle de l’expiation collectiveii, close par le Sacrifice de la Croix. Elle est celle du repentir personnel des fautes authentiques, ce qui exclut formellement la repentance, néologisme dont le sens global répand une culpabilité indistincte qui ne peut être fondée dans la théologie catholique.
Jean-Paul II a-t-il imprudemment engagé l’Eglise visible sur cette route étroite et glissante où l’attendaient ses adversaires renforcés de ceux qui, en son sein, en veulent à l’infaillibilité ? Et, quoi qu’il en soit, le monde pouvait-il jamais trouver suffisants, à la place d’une confession publique, de simples regrets - les seuls possibles, et limités de plus à des fautes humaines historiquement avérées, qui de plus n’auraient pas été réparées dans la suite des temps? Que ce pape soit finalement sorti vainqueur – M. De Jaeghere nous fait admirer avec quelle finesse - des équivoques et des embûches de la repentance ne résout pas toute la question. Pour sa part, le gouvernement de Benoît XVI semble vouloir tenir fermée l’outre dangereuse et éloigner de l’Eglise ce mot maléfique dont la fabrication est déjà une insulte à la Miséricorde divine.Cette « histoire d’une manipulation » tout comme son rigoureux démontage fournissent des exemples marquants de ce que peut l’alliance de la mauvaise foi et de l’ignorance mises au service du « terrorisme intellectuel », selon le titre de Jean Sévillia. Mais la repentance restera profondément comme une entreprise majeure et tout aussi exemplaire de perversion des mots et de leur sens. L’Eglise y a clairement reconnu le sceau des portes de l’Enfer. Si malgré les périls elle a pu en triompher, peu importe par quels moyens : cela seul suffit à notre gratitude et à notre confiance.
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lundi, 25 février 2008
N°25 - Qui a peur du grand méchant mot ?
La dernière conférence de presse de Nicolas Sarkozy, le 8 janvier 2008, a donné lieu, après quelques échanges convenus et ronds de jambe de connivence, à une curieuse passe d’armes engagée par Laurent Joffrin, le patron de Libération, autour d’une question de sémantique politique : « Au fond, est ce que vous n'avez pas instauré une forme de pouvoir personnel, pour ne pas dire une monarchie élective ? »
Le président aurait pu botter en touche, mais il voit rouge, et le voici qui donne dans le sarcasme, entre bonhomie de façade et ironie professorale: « Voilà une question modérée, qui montre que Monsieur Joffrin de Libération est en pleine forme. Bon, il a le droit d'avoir son avis sur la monarchie élective. Mais enfin, monarchie ça veut dire héréditaire. (...) Monsieur Joffrin, un homme cultivé comme vous, dire une aussi grosse bêtise ? - moi, issu de la monarchie ?
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mercredi, 06 février 2008
Tribune du Prince - L’Europe mérite la Vérité
L’Europe qui nous est proposée correspond-elle aux vœux des Français et des peuples européens ? Répond-elle, dans son projet, aux aspirations d’une jeunesse en quête de sens ? J’ai beaucoup voyagé, depuis dix ans, en France comme en Europe. Pas comme un homme politique qui brigue un mandat, mais comme un citoyen attentif à la vie de ses compatriotes et soucieux du destin de la France et de ce continent. J’ai pris le temps d’écouter et je sais – parce que nous en avons parlé ensemble – que beaucoup de Français ne comprennent pas où l’on veut les conduire. Cette incompréhension crée de l’inquiétude dans le pays et du désarroi dans la jeunesse. La France ne s’ennuie pas, elle s’inquiète.Les Français ont tenté de le dire, quand on le leur a permis. En 2005, ils ont refusé, par référendum, le traité constitutionnel qui leur était soumis. Cette fois, ils ne pourront pas se prononcer sur un texte qui reprend pourtant l’essentiel des dispositions qu’ils avaient rejetées. Le traité de Lisbonne prévoit la désignation d’un président de l’Union européenne et celle d’un vice-président chargé des Affaires étrangères. Il étend les compétences de l’Union dans de nombreux domaines, au détriment de celles des États. Il assure la prééminence du droit européen sur les droits des pays. Il confirme l’extension de la règle de la majorité qualifiée. On nous présente un projet politique qui se résume à de l’ingénierie administrative. Même si les références à l’hymne et au drapeau européens ont été gommées dans cette nouvelle version, et bien que le mot n’y figure plus, il s’agit pourtant d’une Constitution, qui s’appliquera au peuple français sans qu’on l’ait consulté – comme souvent, s’agissant de l’Europe. Mais comment rendre espoir aux Français si l’on se défie d’eux ? Comment rendre à la France son rang dans le monde si l’on contraint sa souveraineté par un traité tatillon ? Comment rendre confiance aux jeunes Européens si l’on bâtit une Europe sans âme, dans le mépris de son patrimoine spirituel ?
J’ai 42 ans. J’en avais 13 quand Jean-Paul II est devenu pape. J’appartiens à la génération de ces jeunes qui ont vécu au rythme de ce pape des temps modernes. Nous l’avons vu précipiter la chute de l’Union soviétique, par la force de ses paroles et de son action. Cet empire, que l’on croyait inébranlable, était construit sur une utopie. La bureaucratie qui le gouvernait méprisait les exigences humaines et spirituelles. Elle promettait aux hommes un bonheur matériel qui ne remplacera jamais leurs aspirations profondes. Elle les contraignait à l’adoration d’idoles, qu’ils ont déboulonnées dès qu’ils l’ont pu. L’Union soviétique était fondée sur un mensonge, au moins par omission des racines culturelles des peuples qu’elle a voulu soumettre à ses lois.
Parce que je suis attaché à l’Europe, comme la majorité des jeunes et des gens de ma génération, je souhaite qu’elle soit préservée de cette périlleuse présomption. L’Union ignore trop souvent la culture et les richesses des pays qu’elle veut rassembler. Bien qu’elle ne soit responsable devant personne, la Cour de justice impose aux États sa jurisprudence. Le droit européen consacre le pouvoir d’une technocratie qui veut régler la vie des peuples dans ses moindres détails. Or, le pape actuel, Benoît XVI, l’a rappelé l’an dernier avec force : « On ne peut pas penser construire une vraie maison commune en négligeant l’identité propre des peuples de notre continent ». Et cette identité est « constituée de valeurs que le christianisme a aidé à forger ».
Cette évidence historique n’a pas convaincu les rédacteurs de la charte des droits fondamentaux, annexée au traité. Nulle référence, dans ce texte, aux racines chrétiennes de notre Europe, bien que l’Union se dise « consciente de son patrimoine spirituel et moral » : la formule est assez vague pour autoriser toutes les interprétations. Il suffit, d’ailleurs, de la lire pour le comprendre : l’inspiration de cette charte est foncièrement individualiste. Elle dissout les solidarités et les communautés naturelles, comme le traité soumis au Parlement français dissout les nations européennes. Croit-on vraiment que ce soit ce que souhaitent les jeunes Européens ? Si nous voulons qu’elle résiste aux tempêtes, il nous faudra fonder l’Europe sur quelque chose de plus solide. Non sur l’utopie, mais sur la Vérité.
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samedi, 29 décembre 2007
N°24 - Devoir d'insurrection
Ce texte initialement paru sur Marianne2 est reproduit (dans la revue, n°24, et ici) avec l’autorisation du journal et de l’auteur. Qu’ils en soient vivement remerciés.
Le projet de « traité modificatif » (reform treaty) européen a été rendu public le vendredi 5 octobre. On comprend à sa lecture pourquoi ses rédacteurs ont renoncé aux expressions de « mini-traité » ou de « traité simplifié » puisqu'il ne comporte, avec ses douze protocoles et ses 25 déclarations diverses, pas moins de 256 pages et qu'en matière de complexité rédactionnelle on peut difficilement faire pire.
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